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[TÉMOIGNAGE] «Mon grand-père n’aurait pas dû mourir»

[TÉMOIGNAGE] «Mon grand-père n’aurait pas dû mourir»

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Je m’appelle Brooke Bordoff, j’ai 37 ans. Mon grand-père est mort de la COVID-19 dans un CHSLD. S’il avait reçu les soins nécessaires, je suis convaincue qu’il serait encore en vie. Voici comment je vais changer les choses grâce aux nouvelles technologies.  

Il s’appelait Irving Bordoff et il venait de souffler ses 91e bougies. Comme tant d’autres aînés, il a été traité comme un vulgaire numéro par le gouvernement du Québec. À partir du moment où il a dû quitter sa maison après la mort de sa femme, il y a huit mois, il a été déplacé dans cinq CHSLD différents.       

Il a récemment atterri à la résidence Vivalis, à Pointe-Claire, où un étage est géré par le réseau public. J’allais le voir deux fois par semaine, et les autres jours, d’autres membres de ma famille étaient à son chevet. Irving était atteint d’un début de démence, mais il me disait avoir encore très envie de vivre. Sa santé physique était bonne, il était coquet et jovial.       

Brooke avec son grand-père Irving, qui a fêté ses 91 ans en février 2020.
Photo Courtoisie
Brooke avec son grand-père Irving, qui a fêté ses 91 ans en février 2020.

Descente aux enfers  

Quand la pandémie du coronavirus a fouetté le Québec, l’état de mon grand-père a drastiquement chuté. J’allais à tous les jours devant sa résidence, avec ma famille on criait pour qu’il nous entende à travers la fenêtre. Il était terrifié, il ne comprenait pas ce qui se passait.       

Une infirmière est venue me voir à l’extérieur. Elle m’a dit qu’elle était épuisée, brûlée, qu’elle était inquiète pour tous ces résidents qui n’avaient plus les soins de base, qui risquaient de contracter le virus et de mourir seuls, comme des chiens.       

Quelques jours plus tard on a reçu un appel, mon grand-papa Irving avait testé positif à la COVID-19. On a essayé de plus bel d’aller le voir au CHSLD, mais on a juste réussi à faire un FaceTime et il ne parlait presque pas.       

C’est la dernière fois que je l’ai vu... Il a ensuite été transféré à l’hôpital Lake Shore. En moins de trois jours, il ne lui restait que quelques heures à vivre. Le personnel de l’hôpital a laissé ma mère aller à son chevet pour l’accompagner dans son dernier souffle.       

Irving avait les ongles longs et sales, il était aussi maigre qu’un survivant de camp de concentration. Je suis traumatisée par l’état dans lequel il s’est retrouvé en si peu de temps.       

  

Irving Bordoff est décédé le 29 avril 2020, quelques mois après son épouse Gloria.
Photo Courtoisie
Irving Bordoff est décédé le 29 avril 2020, quelques mois après son épouse Gloria.

 La technologie à la rescousse  

Je ne peux pas accepter que des aînés comme mon grand-père meurent parce qu’ont les a négligés et isolés du monde extérieur. Je vais mobiliser la communauté technologique pour changer à jamais les choses dans les résidences pour aînés.       

Je travaille pour la PME québécoise Quadbridge. En plus de fournir des logiciels et appareils technologiques de toutes sortes, nous avons une expertise en intelligence artificielle et en solutions numériques. Depuis le début de la pandémie, nous donnons une partie de notre salaire en dons alimentaires, nous avons organisé une levée de fonds pour donner accès à des systèmes radio pour les aînés qui vivent seuls, sans aucune connexion au monde extérieur.     

  

[TÉMOIGNAGE] «Mon grand-père n’aurait pas dû mourir»
Courtoisie Quadbridge

  

Nous ferons bien plus encore en proposant des technologies concrètes pour améliorer la gestion des CHSLD et surtout, la qualité de vie des résidents. On souhaite, par exemple, que toutes les résidences aient accès à Internet et à des systèmes de communication vidéo adaptés à l’âge des utilisateurs. On veut aussi déployer des caméras munies de capteurs pouvant détecter tant les mouvements que la température corporelle, ce qui peut aider les préposés à savoir si un bénéficiaire chute ou fait une montée de fièvre.       

Ceci ne sont que des exemples d’outils qui feront partie de cette stratégie globale et technologique que je veux proposer aux instances du public et du privé. Il est temps d’offrir une qualité de vie à nos aînés et à ceux qui en prennent soin.       

(Propos recueillis par Daphnée Hacker-B)

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