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Transmission du virus : un retour en classe dans l'incertitude

Québec va rouvrir écoles et garderies sans connaître exactement leur rôle dans la transmission de la COVID-19

ecoles primaires jeunes
Photo Simon Clark Beaucoup d’enfants, comme Magalie, 9 ans, s’apprêtent à retourner à l’école lundi prochain.

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Québec s’apprête à rouvrir les écoles et les garderies sans savoir exactement à quel point les enfants peuvent transmettre la COVID-19 et sans avoir consulté l’Association des pédiatres.  

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« Il y a beaucoup d’interrogations sur le risque d’attraper l’infection et leur rôle de transmission. C’est un groupe pour lequel on est dans une situation très inhabituelle », dit le Dr Gaston De Serres, épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec.   

  • ÉCOUTEZ Josiane Cossette, conceptrice-rédactrice pigiste et présidente du conseil d’établissement de l’école Saint-Pierre-Claver à Montréal, à QUB radio:

Si les enfants sont habituellement de grands transmetteurs de la grippe, c’est moins clair pour la COVID-19. Même les experts ne s’entendent pas entre eux. Plusieurs études contradictoires ont été publiées au cours des dernières semaines (voir plus bas).   

Le problème, c’est que la majorité des pays qui ont été touchés par la COVID-19 ont fermé leurs écoles. Dans les rares pays qui les ont rouvertes comme la France, le débat fait rage sur le risque pour la propagation du virus.    

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On sait toutefois que les symptômes sont moins importants chez les enfants. Au Québec, seulement sept enfants ont dû être hospitalisés depuis le début de la pandémie, soit 0,4 % de toutes les hospitalisations. La très vaste majorité s’en tire avec une légère toux, un peu de fièvre, ou même sans symptômes.   

Pour le médecin intensiviste Michel de Marchie, c’est davantage la transmission des enfants aux adultes qu’il faut surveiller. « On ne sait pas encore la transmission de l’enfant vers l’adulte, on ne la connaît pas », dit-il.   

Aux soins intensifs de l’Hôpital général juif où il traite des patients atteints de la COVID-19, plusieurs d’entre eux sont âgés de 40 à 60 ans.     

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Les pédiatres ignorés  

Aux États-Unis, l’Association américaine de pédiatrie a fait une liste de critères pour guider les autorités dans la décision de rouvrir ou non les écoles. L’association indique entre autres qu’on doit avoir des données sur la transmission entre enfants.   

Elle dit aussi de privilégier une réouverture partielle et de mesurer l’impact sur la contamination. Interrogée sur ces critères, l’Association québécoise de pédiatrie n’a pas voulu commenter disant qu’elle n’a pas été consultée avant que le gouvernement donne le feu vert à la réouverture.    

La hausse des cas d’une maladie inflammatoire sème l’émoi  

La hausse des cas d’une maladie inflammatoire qui cause fièvre, problèmes cardiaques ou digestifs chez des enfants a causé tout un émoi depuis une semaine.   

Des cas ont été détectés chez des enfants ayant subi des tests positifs à la COVID-19, aux États-Unis et en Europe.   

Au centre hospitalier Sainte-Justine, on a aussi vu quelques cas semblables au syndrome de Kawasaki, mais ils se sont révélés négatifs et ont bien réagi aux traitements.   

« On n’a pas de preuve que c’est la COVID-19 [qui est en cause] », indique toutefois le Dr Elie Haddad. Pour en avoir le cœur net, on fera des tests sérologiques dans le cadre d’une étude clinique.    

Arguments pour  

Les enfants ne seraient pas la source première de propagation  

« Contrairement à la grippe, les données à ce jour suggèrent que les enfants ne sont pas les principaux moteurs de la propagation de la COVID-19 dans les écoles ou la communauté », peut-on lire dans une étude australienne de la National Centre for Immunisation Research and Surveillance (NCIRS) publiée le 22 avril.   

L’étude s’est intéressée aux cas de 9 adultes et 9 enfants infectés à la COVID-19 dans 15 écoles. Ces gens ont été en contact avec 735 autres élèves et 128 professeurs. L’enquête n’a trouvé aucune preuve d’enfants qui auraient infecté des enseignants.    

Le cas d’un enfant qui n’a infecté personne  

Une étude dirigée par un chercheur de la santé publique française publiée le 11 avril par la Clinical infectious Disease s’est penchée sur le cas d’une éclosion dans un chalet des Alpes françaises.   

Quelque 75 % des occupants ont attrapé le virus dont un garçon de 9 ans, qui avait visité trois écoles alors qu’il présentait des symptômes mineurs. Il avait été en contact avec 172 personnes, dont 112 élèves.   

Or personne n’a été contaminé. L’enfant avait aussi l’influenza et l’a transmis à sa fratrie, mais ces derniers n’ont pas eu la COVID-19.    

Symptômes moins graves  

Une étude chinoise publiée dans le Journal de l’Académie américaine de pédiatrie montre qu’en Chine, sur 2135 enfants infectés, 90 % n’avaient que des symptômes légers, modérés ou aucun symptôme.   

Au Canada, les enfants ne représentent que 1 % du total des hospitalisations.     

Arguments contre  

Les enfants ont les mêmes charges virales  

Dans une étude allemande publiée le 29 avril sur la charge virale de 3712 patients infectés, les virologues n’ont trouvé aucune variation de charge virale selon l’âge des patients y compris les enfants.   

« Sur la base de ces résultats, nous devons mettre en garde contre une réouverture illimitée des écoles et garderies dans la situation actuelle. Les enfants peuvent être aussi contagieux que les adultes », peut-on lire.    

Peu d’études  

La façon dont les enfants agissent comme vecteur de transmission n’est pas encore claire. Comme le soulignent les scientifiques allemands, les études pour comprendre le rôle des enfants dans la transmission sont complexes en raison du confinement.   

Comme ils ne sont pas en classe, il est peu probable qu’ils soient la source de contamination d’une famille qui serait infectée. Cette observation pourrait faussement laisser croire que les enfants sont moins infectieux.    

Il y a des enfants hospitalisés  

Même si les enfants ne représentent qu’un petit pourcentage des hospitalisations en lien avec la COVID-19, cela ne signifie pas qu’il n’y en a pas.   

Dans un rapport du US Center for disease control and prevention, on peut lire qu’aux États-Unis, parmi les 149 082 cas signalés, 2572 étaient des mineurs, soit 1,7 % des cas. En tout, 745 d’entre eux, soit 5,7 %, ont dû être hospitalisés, dont 15 aux soins intensifs.   

Le rapport mentionne trois décès d’enfants sans donner plus de détails puisque des analyses étaient toujours en cours.

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