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Il y a 75 ans, la capitulation de l’Allemagne

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Photo AFP On ne doit pas confondre notre époque et celle de la guerre.

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On commémorait hier les 75 ans de la capitulation de l’Allemagne lors de la Seconde Guerre mondiale. Elle était finalement vaincue, après avoir entraîné le monde en enfer.

Il ne s’agissait pas d’une guerre comme une autre : le nazisme visait non seulement l’assujettissement de l’Europe, mais la mise en esclavage de nombreux peuples et l’extermination du peuple juif.

Hitler mobilisera contre lui une rhétorique meurtrière et les moyens de la science moderne. Des chambres à gaz aux fours crématoires, il fallait réduire les Juifs en cendres et effacer jusqu’à leur souvenir de la surface de la Terre.

Nazisme

En empruntant un langage religieux, on pourrait dire que l’Allemagne nazie était en possession démoniaque.

C’est par une conjugaison remarquable de forces que les Alliés parvinrent à vaincre le IIIe Reich. À l’Ouest, Winston Churchill, à la tête du Royaume-Uni, résistera alors que tout semblait perdu. Contre le défaitisme ambiant et l’illusion de la victoire inéluctable des nazis, il fera preuve d’une ténacité remarquable, permettant en 1941 à l’Amérique de Roosevelt de se joindre à ce qui devenait une croisade pour la démocratie et la civilisation.

À l’Est, l’URSS, qui s’était d’abord alliée à l’Allemagne, s’est jointe aux Alliés après avoir été trahie. La Russie sacrifiera des millions d’hommes dans ce qu’elle nomme sa Grande Guerre patriotique pour défendre son territoire et écraser l’envahisseur.

Il ne faut pas oublier non plus les mouvements nationaux de résistance intérieure qui luttèrent pour libérer leur pays, parmi ceux-là, la Résistance française.

Mais gardons en tête la complexité des choses : pour les pays d’Europe de l’Est, la fin de la guerre en 1945 était quelque peu illusoire.

Transformés en satellites de l’URSS, ils ne connurent pas une authentique libération et durent attendre 1989 pour reconquérir vraiment leur indépendance.

Les Russes succédèrent aux Allemands comme force d’occupation. La Hongrie en 1956 et la Tchécoslovaquie en 1968 en firent très brutalement l’expérience, lorsqu’ils cherchèrent à s’en affranchir partiellement. Les pays baltes aussi, que Moscou chercha à noyer après la guerre sous l’immigration russe pour les dissoudre démographiquement. Le communisme et le nazisme furent les deux faces d’une même médaille, celle du totalitarisme.

En fait, il n’est pas exagéré de croire que les Russes furent les premières victimes du communisme.

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Instrumentalisation

Mais retenons l’essentiel de la guerre : la civilisation est parvenue à vaincre le nazisme et sa barbarie génocidaire.

Il faut toutefois mettre en garde contre son instrumentalisation par ceux qui, aujourd’hui, plaquent ses catégories sur notre réalité qui n’a plus rien à voir avec elle.

Quand certains commentateurs nazifient les mouvements conservateurs ou « populistes », ils font violence à la vérité historique et cherchent à récupérer à leur avantage la mémoire de l’antifascisme en se présentant comme des résistants à peu de frais.

Ce n’est pas rendre hommage aux héros et victimes de la Seconde Guerre que de manipuler avec autant de cynisme leur mémoire.