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La peur de parler, de perdre son travail en CHSLD

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Quand le gouvernement provincial a demandé l’aide des médecins spécialistes pour freiner la propagation de la COVID-19 dans les centres d’hébergement de soins longue durée (CHSLD) du Québec, la pédiatre Catherine Audet a répondu à l’appel.   

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La Dre Audet est venue, a vu, mais n’a pu vaincre le coronavirus ni même apparemment atténuer son impact dévastateur chez les personnes âgées en compagnie d’infirmières et de préposés aux bénéficiaires qu’elle dit chevronnés, parce qu’une liste de problèmes logistiques et structurels majeurs l’en empêche, selon elle.     

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À tout cela s'ajoute, semble-t-il, une sorte de peur grandissante de parler.    

Deux thermomètres pour un étage complet   

En comparaison avec d’autres milieux médicaux, comme celui de la Dre Audet, où l’on soigne les enfants et où la COVID-19 ne se montre pas aussi meurtrière, des problèmes sous-jacents ont paru si alarmants aux yeux de la pédiatre qu’elle a décidé d’écrire une lettre dénonciatrice à l’intention du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) des Laurentides*.  

Tout commence avec un manque d’équipement que Catherine Audet juge inacceptable. Appelée à prendre les signes vitaux des patients et à leur prodiguer des soins de soir dans une zone chaude d’un CHSLD où elle avait été affectée, la médecin a découvert des lacunes inhabituelles.      

«Il y a plusieurs choses qui ne sont pas faites selon les normes qui sont respectées dans d’autres milieux de soins», a raconté la pédiatre communautaire de la région de Blainville-Boisbriand en entrevue sur les ondes de LCN, samedi.       

«On a besoin de matériel: thermomètres, saturomètres, tensiomètres, énumère-t-elle. On en avait deux disponibles pour tout l’étage. Ces appareils se promènent d’une chambre à une autre, entre patients qui ne sont pas nécessairement tous atteints de la COVID. Donc, il faut désinfecter les instruments entre chaque patient. Habituellement, on devrait avoir du matériel utilisé pour le même patient dans sa chambre le plus possible ou du matériel facile à désinfecter.»      

La Dre Audet mentionne aussi un manque de matériel de désinfection: poubelles, bacs pour disposer des instruments souillés, gants inadéquats. En d’autres mots, rien pour limiter le risque de propagation auprès de la tranche de population la plus à risque dans le cadre de la pandémie.      

Ratés de la gestion  

Ce genre de situation n’est pas quelque chose qui est réellement vu, selon la Dre Audet, dans d’autres milieux de soins. En sachant qu’un «thermomètre jetable, c’est à peu près 2$», il semble de toute évidence y avoir un problème de structure. Elle a participé au déploiement du volet pédiatrique de la clinique COVID située à Boisbriand, qui a fait ses débuts en même temps que la pandémie. De ce côté, la structure s’est construite sans heurt et a obtenu de bons résultats, à ses yeux.      

Dans le CHSLD où Catherine Audet a œuvré, «beaucoup de choses n’étaient pas respectées.»      

«Ce ne sont pas les professionnels, les préposés, les infirmières sur place qui manquent de volonté; c’est vraiment un manque de matériel et de structure, d’organisation, constate la pédiatre. Habituellement, ce sont les gens envoyés pour prévenir les infections en milieux de soins qui mettent ces structures en place. De ce que j’ai vu dans le CHSLD auquel j’étais attitrée, ce n’était pas en place.»     

«Je suis médecin spécialiste et j’ai vu ces failles rapidement, ajoute-t-elle. D’autres personnes avant moi les avaient vues aussi. Je souhaite que les gens responsables nous écoutent, écoutent les bonnes idées des gens sur le terrain rapidement et y répondent pour réajuster leur tir rapidement.»      

Culture de la peur?   

Ces idées des gens sur le terrain, la Dre Audet les a rassemblées en même temps que ses doléances dans sa lettre au CISSS des Laurentides. Elle souhaite qu’on écoute le personnel soignant – ce même personnel qui semble, déplore-t-elle, avoir peur de parler en public; peur de perdre leur emploi.      

Les personnes qui sont sur le terrain, on ne les écoute pas, croit-elle.       

«J’ai rassemblé leurs idées et je leur ai dit que j’allais les mettre dans une lettre que j’allais adresser à la bonne personne pour tenter que les choses changent, a-t-elle assuré. Elles ont tout de suite eu peur que je les nomme, par crainte pour leur emploi.      

«Ces personnes travaillent dans l’ombre, continuent d’y croire et demandent à une pédiatre qui n’est pas du tout du milieu d’aller plus loin pour faire changer les choses. Je trouve ça un peu triste.»      

Le message de cette spécialiste, heureuse d’aller prêter main-forte quand elle a eu à le faire, sera-t-il entendu au sein des autorités?      

«L’équipe sur le terrain que j’ai côtoyée, autant les préposés que les infirmières qui tiennent le fort, est exceptionnelle. Je veux porter le message du personnel soignant», dit-elle. 

*Correction: Le texte initial parlait d'une lettre à l'intention de la santé publique, alors que la lettre a été adressée au CISSS des Laurentides

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