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Ottawa doit-il aider les retraités?

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Illustration Adobe Stock

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Les employés en chômage, les travailleurs autonomes sans contrat, les étudiants désœuvrés, les agriculteurs dans l’impasse, les artistes séparés de leur public... il n’y a pas une semaine qui passe sans qu’Ottawa sorte de sa poche un programme spécifique pour soutenir financièrement une nouvelle frange de la population éprouvée par la crise.

Évidemment, parmi les moins gâtés, certains lèvent la main : « Et nous ? » demandent des retraités. Justin Trudeau semble les avoir entendus, promettant cette semaine qu’il y aurait une annonce à cet égard prochainement.

Mais de quelle manière les gens à la retraite ont-ils subi des dommages financiers, au juste ? Ont-ils subi des contrecoups économiques importants en raison de la COVID-19 ? J’ai un doute.

L’impact sur les retraités

Je ne dis pas que ce groupe n’est pas affecté. On parle des gens plus âgés, plusieurs d’entre eux souffrent, les manchettes nous le rappellent chaque matin : ils sont plus vulnérables au virus, ils sont isolés de leur famille, ils sont nombreux à mariner dans des milieux infectés et ils sont gravement infantilisés. S’ils méritent une compensation, c’est bien pour les chaperons qu’on leur a collés aux talons et pour toutes les fois qu’on les a appelés « NOS aînés ».

Financièrement parlant, ils ne s’en sortent pas si mal, je trouve. Les taux d’intérêt sont maigrichons, c’est vrai, mais c’est du déjà-vu. Certaines entreprises cotées en Bourse réduisent leurs dividendes, on ne le nie pas, mais cela se produit aussi en temps normal. Les marchés boursiers ont baissé (étonnamment pas tant que ça), c’est visible sur les relevés de placements de tout le monde.

On n’a peut-être pas encore assisté au véritable choc boursier, mais on aurait pu dire la même chose sans cette pandémie...

Faut-il soutenir les retraités chaque fois que la Bourse plante ?

Quelqu’un qui se trouve dans le trouble après avoir vu ses actifs fondre temporairement de 30 % devrait, avant d’appeler à l’aide, se demander si son portefeuille est adapté à sa situation.

Normalement, un retraité ne devrait pas ressentir les hauts et les bas de la Bourse dans toute leur amplitude. En phase de décaissement, on devrait détenir des placements prudents, des titres à revenu fixe et les actions d’entreprises réputées solides, qui nous mettent en partie à l’abri des risques.

Cela concerne ceux qui possèdent des placements, car bien des personnes âgées n’en ont pas ou très peu.

Pour une majorité, les revenus de base proviennent de sources publiques. Les prestations du Régime de rentes du Québec continuent d’être déposées, tout comme la pension de la Sécurité de la vieillesse et le Supplément de revenu garanti.

Pour les plus chanceux, la très vaste majorité des fonds de pension d’employeurs sont en santé et payent leurs bénéficiaires rubis sur l’ongle. Alors quel est le problème ?

Financièrement, les inconvénients subis par les retraités n’ont rien à voir avec la tragédie des entrepreneurs menacés de tout perdre et des pourvoyeurs de famille poussés au chômage pour des raisons de santé publique.

Que peut-on faire pour les retraités ?

Je ne suis pas contre l’idée d’améliorer le sort de certains retraités les plus vulnérables, au contraire, mais pourquoi maintenant, alors que leur situation aurait mérité qu’on s’y attarde avant ?

Par exemple, Ottawa pourrait faire du ménage dans le programme de la Sécurité de la vieillesse. Il pourrait faire en sorte que toutes les personnes âgées qui se qualifient pour le Supplément de revenu garanti (SRG) le reçoivent automatiquement, sans qu’ils aient à courir après.

Parmi les retraités inquiets en ce moment, combien s’accrochent à leur modeste FERR dont ils égrainent le contenu, petit à petit, alors qu’ils devraient tout décaisser d’un coup pour profiter à plein du SRG ? Le système est si compliqué que les conseillers financiers s’y perdent ou refusent de plonger dans la paperasse nécessaire pour améliorer la situation financière des retraités à faible revenu (qui souvent n’ont pas les moyens d’avoir les services d’un conseiller).

Si Ottawa était sérieux dans sa volonté d’aider les personnes âgées, il simplifierait le système de manière à ce que personne ne laisse de l’argent sur la table.

Oui à une aide accrue aux aînés les moins riches, à une aide durable... et moins opportuniste.