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L’infodémie 5G/COVID-19: à qui profite le crime?

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Ce n’est pas par hasard si on assiste à une infodémie de théories du complot liant l’implantation des réseaux 5G au coronavirus comme je l’évoquais dans mon blogue précédent. L’anxiété causée par le virus ne peut seule expliquer l’extraordinaire amplification du 5G/COVID-19 sur les médias sociaux.

Une contre-théorie du complot, à laquelle j’accorde une certaine crédibilité, veut que le fameux lien de causalité entre les deux soit propagé par une campagne de désinformation savamment orchestrée.

L’agence Blomberg rapporte que des analyses en sécurité informatique ont identifié 22 000 interactions récentes sur Twitter mentionnant «5G» et «corona» comme provenant de comptes qui affichaient «une activité inauthentique». C’est-à-dire qu’ils avaient des caractéristiques (moyens financiers engagés, ressources informatiques utilisées, etc.) d'une campagne soutenue par un État plutôt que par des «hackers» indépendants.

Blackbird.AI, une société basée à New York qui surveille les campagnes de désinformation en ligne, a, elle aussi, remarqué une augmentation du nombre d'«amplifications non authentiques» sur les réseaux sociaux reliant la 5G au coronavirus.

Les chercheurs du Global Disinformation Index, qui suit la désinformation en ligne, disent qu'ils ont assurément détecté une campagne coordonnée de désinformation autour du 5G/COVID-19.

Certains analystes notent que la façon d’opérer des auteurs de la campagne actuelle de fausses informations 5G/COVID-19 s’apparente à celle utilisée par l’Internet Research Agency, l’organe clandestin russe de propagande qui a mené l’opération de désinformation lors de la présidentielle américaine de 2016 pour favoriser Donald Trump. Depuis des dizaines de campagnes clandestines soutenues par des États ont été découvertes par des chercheurs sur les médias sociaux, notamment Facebook, Twitter et YouTube.

Un commanditaire étatique pour l’affabulation 5G/COVID-19? Pour qu’une telle campagne ait l’ampleur que l’on voit actuellement, il est impératif que les fausses nouvelles soient largement diffusées sur les réseaux sociaux. Il faut donc disposer d’un budget considérable pour se payer de nombreux bots informatiques, ces logiciels qui se connectent comme s’il s’agissait d’un humain pour créer de faux comptes et ainsi publier de fausses informations. Et d’un personnel important pour gérer l’opération. Pas un ado obèse seul dans un sous-sol de bungalow.

Il y a aussi, à ne pas en douter, un grand nombre de covidiots véritables qui propagent ces allégations 5G/COVID-19 stupides pour s’amuser, par crédulité, par méchanceté ou par appât du gain (ils vendent des médicaments pour protéger contre les effets nocifs de la 5G et/ou du coronavirus).

«À qui profite le crime» pour reprendre l’expression consacrée? La 5G d’abord. Les États-Unis sont en train d’implanter cette technologie, mais jusqu’à récemment, ils ont mené une campagne mondiale pour dissuader le plus de pays possible d’adopter la 5G proposée par la compagnie chinoise Huawei affirmant que le logiciel du système permet à la Chine d’espionner ceux qui l’utilisent. Quant au coronavirus, la politique officielle de Washington affirme que c'est la Chine la principale responsable de sa propagation. Trump en fait même un axe important de sa campagne présidentielle.

La conspiration 5G/COVID-19 intègre, de façon incohérente il est vrai, deux campagnes de désinformation antichinoises.

Difficile de pointer le doigt vers un coupable étatique. Les Russes, encore une fois pour aider Trump? Oseraient-ils risquer de soulever l’ire des Chinois si leur manipulation était découverte? Qui d’autre?

Ou alors il faudrait peut-être regarder du côté de puissants groupes financiers américains qui ont intérêt à favoriser Trump et à nuire à la Chine.