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Naviguer vers le bonheur

<strong><em>Le marin qui n’arrive qu’à la fin</em><br>Monique Juteau</strong><br>Hamac<br>200 pages
Photo courtoisie Le marin qui n’arrive qu’à la fin
Monique Juteau

Hamac
200 pages

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Les souhaits de fin de vie d’une vieille dame entraînent tout un chassé-croisé de personnages dans ce roman plein d’entrain !

On se croit au départ dans une histoire centrée sur une belle vieille, madame DB, qui aurait bien voulu devenir capitaine de bateau, comme l’était son père, mort en mer alors qu’elle avait 16 ans.

Madame DB vit seule, dans un appartement d’Ottawa très encombré et où tout ne tient qu’à un fil. Juste là, il y aurait de quoi remplir des pages. Surtout qu’elle ne manque pas de fantaisie et qu’elle a décidé d’engager un homme à tout faire afin qu’il la mène au Musée maritime de L’Islet-sur-Mer. Or, Rémi Bergeron est lui-même un curieux bonhomme...

Mais la mise en scène de l’auteure s’élargit, présente d’autres personnages qui ont a priori comme point commun de se trouver à un moment particulier de leur vie en ce mois de septembre 2011. Il y a là un adolescent, un jeune homme, une grand-mère en CHSLD et une professeure d’université.

Ils sont parents, et cette parenté englobe madame DB – mais ils ne le savent pas encore. Le roman va s’employer à les faire se croiser.

Bonne humeur

Les personnages, bien campés, ont tous ce brin de folie ou de doute qui donne envie de s’intéresser à leur parcours, même si un surcroît de détails sur leur vie alourdit le rythme du récit.

Néanmoins, il se dégage une telle bonne humeur du roman, dans un mélange de scènes comiques et de cette autodérision qui aide à faire face aux moments difficiles, qu’on a hâte de voir comment toute cette bande finira par se retrouver.

Il est particulièrement appréciable que Monique Juteau livre un portrait si précis de la vieillesse. Elle écrit : « On croit que les personnes très âgées dorment à longueur de jour. De fait, elles entrent et sortent du présent en empruntant les portes tournantes d’un grand magasin spécialisé dans les pensées et les ruminations de toutes sortes, qu’elles choisissent après mûre réflexion. »

Non, la confusion des personnes âgées n’est pas que malheur ou détresse, mais est aussi pleine de vie. Tout comme le fait de résider en CHSLD n’est pas synonyme d’abandon, comme le prouvent la digne grand-maman Suzanne et son entourage ! Tout un contraste avec la situation actuelle, qui réduit les aînés au statut de gens à cacher...

Les liens entre les générations sont d’ailleurs bien présents : Zak, jeune homme remuant, garde contact avec sa grand-mère ; Julien, ado mêlé, apprécie les recommandations culturelles de sa tante Monique.

On suivra tout ce beau monde entre Ottawa et les îles de la Madeleine, en s’arrêtant à Montréal et en faisant des détours à Trois-Rivières ou Gaspé. À l’image du reste, c’est parfois un peu éparpillé, mais on ne perd pas le fil. 

Et comme promis par le titre, l’idée du grand large, avec la main tendue du marin, prendra tout son sens à la fin.