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Donald Trump peut-il être réélu?

La pandémie brouille les cartes de ceux qui tentent de prédire l’issue de l’élection de novembre prochain

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Photo d’archives Donald Trump pourrait perdre les prochaines élections si les démocrates réussissent à lui faire porter le blâme de la catastrophe sanitaire aux États-Unis causée par la COVID-19.

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Est-ce que Donald Trump va remporter les prochaines élections ? Les pronostics actuels vont dans tous les sens, et la pandémie génère une incertitude qui n’aide pas à clarifier le portrait.  

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Quand il s’agit de prédire les résultats d’élections présidentielles aux États-Unis, tout le monde devient expert. À travers ça, les politologues peinent à se faire entendre.  

La raison est simple. La plupart des analystes martèlent les points forts d’un candidat favori et en tirent des conclusions sans nuance qui sont reçues avec enthousiasme par les partisans de ce candidat. Les prévisions des politologues tendent à être complexes, nuancées, probabilistes et trouvent peu d’échos dans les débats partisans.  

Résumons d’abord les explications plus faciles, en se limitant à ce qu’elles ont de vrai.  

Trump ne peut pas gagner  

Pour plusieurs, Trump est un clown incompétent. Voteriez-vous pour un type qui recommande de s’injecter du désinfectant ou d’insérer une lampe ultraviolette là où le soleil ne brille pas ? Ben voyons...  

Trump enfreint toutes les normes. Il ment constamment. Il courtise les dictateurs. Il pige ouvertement dans la tirelire des fonds publics. Il est accusé sérieusement d’une quinzaine d’agressions sexuelles et de viols. Je pourrais continuer – affaire russe, impeachment, alouette – mais votre camelot aurait du mal à porter son sac.  

Les sondages sont mauvais pour Trump. Son taux d’approbation n’a jamais dépassé 50 %. Sur une cinquantaine d’enquêtes en 2020, Trump l’a emporté une seule fois sur Biden.  

Son principal atout, l’économie, s’est évaporé. Presque tous les leaders mondiaux ont bénéficié d’un ralliement pendant la pandémie. Pas lui. L’opinion publique juge sévèrement sa gestion de crise.  

Trump ne peut pas perdre  

Trump est en téflon. Son contrôle sur les républicains est absolu et il a tenu ses promesses à sa base partisane. Jusqu’en mars, l’économie allait bien.  

Les sondages, on s’en moque. Ils se sont trompés en 2016, alors pourquoi les croirait-on en 2020 ?   

Pour Trump, l’avantage que lui confère son poste pour monopoliser l’attention et enfoncer sa vision rose de la réalité dans l’esprit des électeurs est un atout indéniable.  

La campagne républicaine dispose de fonds quasi illimités. Et comme le candidat démocrate porte le flanc à la critique, on ne reculera devant aucune bassesse pour le couler.  

La table est mise pour de vifs débats, où les politologues jouent le rôle de rabat-joie, car leurs prévisions évacuent les détails juteux des campagnes au profit de modèles rébarbatifs.  

Cinq facteurs  

Normalement, cinq facteurs entrent dans ces modèles, dont les deux derniers sont les plus importants :    

  • Un président en poste est avantagé, surtout si son parti n’a fait qu’un mandat à la Maison-Blanche. Avantage Trump.  
  • Le président écope si le pays est engouffré dans des guerres coûteuses. Avantage (faible) Trump.  
  • Le challenger est pénalisé si son parti est très divisé, comme Hillary Clinton l’était en 2016, mais Joe Biden a rapidement rallié les démocrates. Match nul.  
  • Le taux d’approbation du président compte pour beaucoup. Celui de Trump est relativement bas, mais pas pire qu’en 2016. Avantage (faible) Biden.  
  • La croissance économique est le facteur le plus déterminant. L’électorat a toutefois la mémoire très courte. Ce sont les conditions objectives du milieu de l’année qui comptent et, en 2020, elles sont catastrophiques. Avantage Biden.    

Le mot-clé ci-dessus est « normalement ». En 2020, il n’y a pas grand-chose de normal.  

Donald Trump n’est pas un président « normal », mais il a néanmoins réussi l’exploit de normaliser des attitudes et des actions qui auraient condamné n’importe quel autre politicien. Si l’économie avait poursuivi sa course, il aurait pu surmonter ses lacunes.  

La pandémie brouille les cartes. Si l’état objectif de l’économie prime, Trump va perdre à moins d’un miracle. Si on crédite le président pour l’économie d’avant la crise, il a une chance.  

La pandémie pourrait aussi éclipser tout le reste. Si l’hécatombe s’étend à l’ensemble du pays et si les démocrates arrivent à faire porter au président la responsabilité pour l’ampleur de la crise, Trump perdra. Si Trump arrive à greffer des lunettes roses à un nombre suffisant d’électeurs, ses chances sont bonnes.  

Le tout se jouera dans une demi-douzaine d’États-clés. On y reviendra demain.