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Pas de musée du crime organisé en Estrie

Les autorités rejettent l’idée d’une conseillère de Sherbrooke de transformer l’ancien repaire des Hells Angels

Hells bunker Sherbrooke
Photo courtoisie, Sûreté du Québec Dernier vestige de la guerre des motards, le bunker des Hells Angels situé sur la rue Wellington Sud, à Sherbrooke, est devenu la propriété de l’État en avril.

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Des policiers et le maire de Sherbrooke unissent leurs voix pour s’opposer à l’apparition d’un musée sur le crime organisé dans l’ancien repaire des Hells Angels en Estrie. 

Dans un article publié le 9 mai dans le quotidien La Tribune, la conseillère municipale et chef du parti de l’opposition Sherbrooke citoyen, Évelyne Beaudin, a mis de l’avant cette idée « de créer un projet pour la collectivité ». 

« Les gens lisent des romans policiers et écoutent des émissions comme District 31. Ils sont fascinés par tout ce qui touche la criminalité. Je crois qu’il y aurait une façon de transformer ce symbole négatif en quelque chose de positif », a-t-elle déclaré. 

La police de Sherbrooke (SPS) voit toutefois d’un bien mauvais œil la concrétisation d’un tel projet, alors qu’on craint de mettre « les motards sur un piédestal ». 

« Lieu de pèlerinage » 

« Le renseignement criminel du Service de police de Sherbrooke évalue qu’un tel projet aurait des effets pervers. En effet, investir de l’argent dans la réfection du tristement célèbre “local” des Hells Angels lancerait un bien mauvais message », peut-on lire dans un document interne dont Le Journal a obtenu copie. 

« Ce lieu deviendrait inévitablement un lieu de pèlerinage pour les individus glorifiant ce mode de vie », poursuit-on. 

Le fameux bunker de la rue Wellington Sud est devenu en avril dernier la propriété de l’État quand la Cour suprême du Canada a rejeté l’ultime demande d’appel des motards, après une longue saga devant les tribunaux. 

Les agents du renseignement criminel de la police de Sherbrooke sont d’avis que la démolition de l’endroit serait dans la « suite logique » des choses. 

Selon nos informations, c’est aussi la position de la Sûreté du Québec, qui souhaiterait voir le bâtiment être rasé, comme tous les autres bunkers ayant appartenu aux Hells par le passé. 

Paul Laplante, un ex-dirigeant de l’escouade Carcajou et spécialiste des motards criminalisés, est aussi très critique de l’idée de transformer ce « haut-lieu de la criminalité au Québec » en musée. 

« Indécence totale » 

« C’est de l’indécence totale de proposer ça, lance l’ancien policier, qui rappelle que plusieurs personnes innocentes ont été victimes de la guerre des motards. On sait que dans ce bunker-là, plusieurs crimes violents y ont été commis. C’est un produit de la criminalité, ça représente la force des Hells, on ne peut en faire un monument. » 

Le maire de Sherbrooke est aussi complètement fermé à l’idée de transformer le repaire de quelconque manière. 

« Je n’accepterai pas ça sous ma gouverne, soutient Steve Lussier. On veut voir ça disparaître le plus rapidement possible. » 

L’État pourrait d’ailleurs procéder à sa démolition prochainement, selon les informations dont dispose le maire. 

– Avec la collaboration d’Eric Thibault