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Adieu, Roméo d’amour!

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En pleine épidémie, j’hésite à confesser ma peine pour un chien. Pourtant, la paranoïa sanitaire, l’armée dans les CHSLD et les milliers d’endeuillés ne changent rien à la douleur que j’éprouve à perdre mon vieux Roméo, une douleur semblable à celle de perdre un enfant. 

Ma femme Bianca et moi avons dû nous résoudre à déterminer la fin de notre Roméo, ce golden retriever qui nous a apporté joie et allégresse pendant 13 années et demie. Un cancer le rongeait, il souffrait. 

Un des hôpitaux vétérinaires ne nous permettait pas de rester avec lui pendant l’injection fatale, alors nous sommes allés voir ailleurs.  

C’était atroce, mais nous voulions tenir et caresser Roméo jusqu’à la dernière seconde. 

Innocence 

J’ai 80 ans et je devrais m’être fait une carapace au fil des décennies à force de voir mourir autour de moi, mais non. Et je remarque que le vide laissé par un animal domestique chéri est comparable à la perte d’un enfant. Car il s’agit également d’un être innocent, dépendant, que l’on protégeait... et que l’on se fait arracher, impuissant. 

Cette réflexion m’a rappelé un discours du pape François, dont le choix de nom honore saint François d’Assises qui « discutait » avec les animaux. Sa Sainteté romaine affirmait que le christianisme peut concorder avec une vision animiste comme celle des autochtones comanches chez qui « Dieu respire dans les plantes, rêve chez les animaux et s’éveille en l’homme ». 

Funéraire 

André Malraux, le plus intime des ministres du général de Gaulle, a beaucoup écrit sur le rôle funéraire des animaux, souvent associés à des divinités de la mort, notamment chez les Égyptiens.  

Il parle aussi de ces chats importés en masse vers l’Europe pour chasser les rats des grandes villes pendant la Grande Peste... une épidémie immensément plus dévastatrice que celle qui nous fait perdre les pédales en ce moment. 

Adieu, mon Roméo d’amour !