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La démocratie déconfinée

Horacio Arruda
Photo Chantal Poirier

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Le retour hier de la période de questions à l’Assemblée nationale tombait à point nommé. Il est temps qu’on déconfine la démocratie québécoise. Les inquiétudes dans la grande région montréalaise fusent de partout. Montréal est la 5e grande ville la plus frappée au monde par la COVID-19.  

Les principales failles depuis le début de la crise sont connues : impréparation dans les CHSLD et résidence privées pour aînés, dépistage dysfonctionnel, pénurie de main-d’œuvre, refus d’imposer le masque dans les lieux publics, déplacements de personnel entre les établissements de santé propageant le virus, etc.  

En entrevue avec Mario Dumont, la mairesse Valérie Plante confiait hier qu’elle ne connaissait toujours pas l’état réel de la contagion communautaire dans les quartiers de la métropole. C’est ahurissant.  

En après-midi, la santé publique de Montréal publiait son propre bilan chiffré. Ce qui semble toutefois manquer est un portrait complet de la transmission elle-même.  

Or, Montréal et ses deux couronnes forment la moitié de la population québécoise. Sans un dépistage massif, nettement mieux ciblé et documenté, tout portrait détaillé est impossible à dégager.  

Comment savoir alors où et comment agir ? Comment déconfiner un jour ? Bref, la confusion continue de régner.  

Brouillard  

Nous sommes pourtant au 3e mois de l’urgence sanitaire. Comment se fait-il qu’on laisse Montréal, ses décideurs et ses citoyens, naviguer encore à vue dans le brouillard face à un virus aussi sournois que contagieux ?  

En point de presse, le premier ministre François Legault s’est dit « pas content ». Sûrement l’euphémisme du mois.   

« Je l’ai dit aux personnes concernées, disait-il, puis j’espère, dans les prochains jours, qu’on va être capables d’augmenter à 14 000 tests. »  

Qui est responsable du fiasco organisationnel dans le dépistage pour la grande région de Montréal ? Les CIUSSS ? Le ministère de la Santé ? La santé publique du Québec ? Ou tout ce monde en même temps qui, comme dans un très mauvais vaudeville, ne sait plus ce que l’autre fait ?  

Rôle crucial  

Pour rectifier le tir et en vue de la suite, il est important de le savoir. À Montréal, la perspective d’un déconfinement, aussi graduel serait-il, s’éloigne de semaine en semaine. C’est inacceptable.  

C’est pourquoi le gouvernement doit s’en expliquer dans l’enceinte même de la démocratie québécoise. On sait qu’il a aussi hérité d’un système de santé détraqué. N’empêche que le temps court. La désorganisation sur le terrain du grand Montréal est évidente.  

Le premier ministre en est conscient. La grande région de Montréal est le cœur populationnel et économique du Québec. Tant que sa situation ne s’améliore pas alors qu’elle se stabilise dans le reste du pays, tout le Québec en pâtit.  

C’est là que le double rôle des partis d’opposition – critiquer ET proposer des actions constructives – est crucial. Les Montréalais ont urgemment besoin d’un redressement rapide et concerté du politique, de la « machine » bureaucratique et de la santé publique du Québec.   

Un vrai plan de match, quoi.