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Un silence complice

Un silence complice
Photo d'archives, AFP

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Le 30 avril dernier, en pleine nuit, un homme armé d’un fusil d’assaut AK-47 s’est approché de l’ambassade cubaine à Washington, a tenté de mettre le feu à un drapeau cubain qu’il avait sur lui, puis a tiré 32 projectiles contre l’ambassade, où se trouvaient une dizaine de fonctionnaires, tout cela à quelques rues de la Maison-Blanche. La police locale est rapidement arrivée sur les lieux et a réussi à maîtriser l’attaquant. À ce sujet, aucun reproche. 

Le Département d’État états-unien a mis cinq jours avant de communiquer avec la victime de cette attaque terroriste, l’ambassade cubaine. Depuis, plus rien, sauf ce qui est sorti dans les journaux. Il s’agit d’un Cubano-Américain arrivé aux États-Unis en 2010 après avoir séjourné quelques années au Mexique.  

Selon ce qu’on a pu apprendre, cet individu souffrirait de troubles mentaux; il se serait plaint à un psychiatre que le gouvernement cubain le pourchassait et projetait de l’assassiner. Comment un individu souffrant de problèmes psychiatriques a-t-il pu se procurer en toute légalité un fusil d’assaut de même qu’un pistolet qu’il avait sur lui au moment de l’attaque? 

Les services de renseignement cubains, qu’on dit parmi les meilleurs au monde, eux, ne sont pas demeurés inactifs. Alazo Baró, c’est le nom du terroriste, avait visité les lieux où est située l’ambassade deux semaines avant la perpétration de son crime. Il s’est aussi présenté dans un hôpital et dans différentes stations de police pour se plaindre de soi-disant persécutions et menaces de mort de la part du gouvernement cubain. Ces différentes plaintes n’ont donné lieu à aucun suivi, aucune enquête des autorités états-uniennes. Pourtant, depuis son départ de l’île, ce Cubano-Américain a séjourné à huit reprises dans son pays de naissance, sans jamais éprouver de problèmes avec les autorités cubaines. 

Lors d’une conférence de presse, le ministre des Relations extérieures de Cuba, Bruno Rodríguez Parrilla, s’est demandé comment un individu pacifique et normal avait pu se transformer subitement en une personne souffrant de troubles psychiatriques, et comment il avait pu trouver suffisamment d’argent pour se déplacer dans différents États des États-Unis et s’acheter un arsenal d’attaque.

Le ministre a révélé qu’Alazo Baró, alors qu’il vivait à Miami, avait fréquenté l’église Doral Jesus Worship Center, où se réunissent des personnes qui prônent ouvertement leur hostilité envers Cuba. Cette église est d’ailleurs dirigée par un pasteur connu qui entretient des liens étroits avec tout ce que Miami abrite d’extrémistes anti-cubains violents. Ce centre religieux a même reçu la visite, récemment, du vice-président des États-Unis, qui y a prononcé un discours des plus agressif à l’égard de Cuba et du Venezuela. 

Sur son profil Facebook, Alazo Barró est «ami» avec un certain Leandro Pérez, qui se dit prêt à assassiner des dirigeants cubains, dont Raúl Castro et Miguel Díaz-Canel. Plus transparent que ça, ça n’existe pas. 

Comment un individu apparemment sans histoire peut-il, du jour au lendemain, se transformer en un potentiel assassin — il a d’ailleurs affirmé, au moment de son arrestation, qu’il était prêt à tuer toute personne sortant de l’ambassade au moment de l’attaque — et vouloir assassiner les représentants de son pays de naissance? Et s’inventer préalablement une histoire de persécution pour justifier son geste criminel? 

Une chose est sûre, aux yeux du ministre Rodríguez: les attaques répétées du président Trump contre Cuba, son discours belliqueux et le resserrement du blocus économique, financier et commercial contre son pays ne peuvent qu’encourager la perpétration d’actes violents contre son pays.  

Mais encore plus troublant est le silence des plus hautes autorités états-uniennes à la suite de cet attentat. Il n’y a eu aucune condamnation publique de leur part. Vous imaginez notre premier ministre François Legault ne pas appeler la consule cubaine à Montréal pour s’excuser au nom du peuple québécois si un tel crime haineux avait été commis sur notre territoire? C’est la moindre des choses que de le faire, et promettre de faire toute la lumière sur cet attentat. Ce que le peuple cubain et ses dirigeants attendent toujours.