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Des congélateurs qui débordent de côtes de veau

La crise du coronavirus a grugé jusqu’à l’os la demande pour ce type de viande

COVID-19 - Usine
Photo courtoisie Le PDG de Montpak International, Alexandre Fontaine, souhaite écouler ses surplus de veau empilé dans les congélateurs de son abattoir de Laval. Il demande aux Québécois d’acheter cette viande 100 % locale afin d’aider la filière à se remettre sur pied.

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Des congélateurs d’abattoirs débordent de côtes de veau que s’arrachaient les restaurateurs nord-américains avant que la COVID-19 ne fasse une bouchée de leur marché.

« On a perdu plus de 90 % de notre marché des côtes françaises, dont plus de 70 % étaient destinées au marché de New York », résume Alexandre Fontaine, PDG de Montpak International inc., d’un ton posé. 

Fondée en 1989 par son frère aîné, l’entreprise familiale de 1300 employés a cinq usines et un chiffre d’affaires de plusieurs centaines de millions $, ce qui fait d’elle un joueur incontournable au pays.

« On vendait des peaux en Italie. Pas besoin de vous expliquer pourquoi ça a arrêté », laisse tomber en cours d’entrevue Alexandre Fontaine, secoué par le tsunami de la COVID-19, qui a d’abord déferlé sur ses clients européens. 

Contrairement à l’usine de découpe de viande de Cargill de Chambly qui fermera ses portes après qu’une soixantaine de travailleurs ont attrapé la COVID-19, les abattoirs de Montpak ont été assez épargnés par le virus.

« On a eu quelques cas à l’usine de Laval et à notre installation américaine au New Jersey », précise Alexandre Fontaine, ajoutant qu’il n’a pas hésité à imposer masques, visières et équipement de protection dès le début.

Produit méconnu

Devant ses frigos pleins, le dirigeant d’entreprise a le même souhait que ses producteurs de veaux : il demande aux Québécois d’acheter cette viande 100 % locale pour aider la filière à se remettre sur pied rapidement.

Selon lui, le veau reste trop méconnu dans plusieurs ménages, qui choisissent souvent d’acheter du poulet ou du bœuf par habitude. Il estime que les consommateurs doivent l’exiger à leur boucher pour mousser la demande.

« Les détaillants n’ont pas toutes les découpes de l’animal, ajoute-t-il. Ils ont parfois quatre coupes. On aurait besoin qu’ils en vendent une douzaine. On vend du veau haché, mais la filière ne peut pas survivre en vendant seulement du veau haché. »

« Pour certains, c’est plus difficile d’écouler la viande en épicerie que dans les restaurants parce que l’organisation, la logistique, la ligne de production ou les emballages ne sont pas faits pour le détail. Ça demande un réajustement complet », estime de son côté Catherine Brodeur, vice-présidente études économiques au Groupe AGÉCO, spécialisé en économie agroalimentaire. 

Pour l’économiste, la crise actuelle accentue la pression sur les producteurs et les transformateurs. 

« Ce sont des milliards de dollars qui vont être injectés dans l’économie au pays pour s’ajuster. Sans parler des mesures sanitaires et des réajustements majeurs dans les usines », conclut-elle. 

L’an dernier, Délimax-Montpak a mis la main sur Viandes Forget, ce qui lui a permis de s’attaquer au marché du bœuf local, après le veau et l’agneau.