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Et si le Québec était aujourd'hui souverain?

Catherine Fournier est députée indépendante à l'Assemblée nationale.
Photo d'archives, Agence QMI Catherine Fournier est députée indépendante à l'Assemblée nationale.

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Si le OUI avait gagné en 1980, à quoi ressemblerait le Québec aujourd’hui?

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Le premier ministre René Lévesque, après avoir négocié la souveraineté-association avec le fédéral, aurait soumis le résultat des négociations aux Québécois par un nouveau référendum, au terme duquel un autre «OUI» l’aurait emporté. Le Québec serait ensuite devenu un pays démocratique comme les autres, avec tout ce que ça comporte comme changements périodiques de gouvernement, lesquels donneraient le ton aux politiques publiques implantées, à la différence que les décisions seraient dès lors uniquement prises par la nation québécoise, sans l’intervention d’un autre État.   

Nos relations avec notre voisin canadien seraient toujours étroites, mais se feraient désormais d’égal à égal.   

Le Québec serait un pays fier, assumé (et assuré) dans son identité culturelle et linguistique. Cette assurance nouvelle nous aurait permis d’établir des relations plus harmonieuses avec la communauté anglophone et d’entretenir un rapport différent avec l’immigration. Les gens qui arriveraient au Québec pour y vivre sauraient qu’ils choisissent un pays où la langue officielle est le français et le feraient donc en toute connaissance de cause.   

Une nouvelle entente de nation à nation avec les premiers peuples du Québec remplacerait l’ignoble Loi sur les Indiens, toujours en vigueur au Canada.   

Notre réseau de diplomatie s’étendrait partout sur la planète, avec une attention naturelle pour l’Afrique en plein développement, là où l’expansion démographique promet de faire du français la langue la plus parlée au monde d’ici quelques années.   

Nous serions actifs dans les plus grands forums internationaux sur les questions environnementales, là où nous pourrions faire la promotion active de l'électrification des transports, dont nous serions mondialement perçus comme les précurseurs, comme l’argent de nos taxes et de nos impôts aura été investi depuis 40 ans dans les énergies propres de chez nous, au lieu d'être englouti dans le pétrole des sables bitumineux des provinces de l’Ouest canadien.   

En évitant de financer l’industrie automobile de l’Ontario à grands coups de milliards, des secteurs économiques de pointe seraient également en plein essor ou en voie de conquérir les grands marchés internationaux grâce à une aide gouvernementale beaucoup plus généreuse, puisque nos investissements stratégiques seraient désormais entièrement réalisés sur notre territoire.   

Notre solidarité nationale renforcée, grâce au «modèle québécois», nous serions reconnus par les autres États du monde comme un leader mondial en matière d’équité des chances entre les citoyens, aux côtés des pays scandinaves.   

Au niveau local, notre démocratie en serait une de proximité, avec une décentralisation importante vers les régions qui se seraient vu accorder de nouvelles responsabilités avec des sources de revenus conséquentes, rapprochant ainsi le pouvoir des citoyens.   

Finalement, comme pays, nous aurions évidemment nos hauts, nous aurions évidemment nos bas, mais l’important est que nous serions.   

Dans la pandémie actuelle, par exemple, est-ce que ça aurait changé quelque chose?   

Au début de la pandémie, bon nombre de souverainistes ont soulevé que la crise actuelle mettrait en lumière la nécessité pour le Québec de gérer ses propres frontières. Après plusieurs semaines, on pourrait dire la même chose de la cohérence nécessaire des programmes sociaux, ou encore, du budget de la santé, durement affecté par la baisse des transferts fédéraux à travers les années. Je partage évidemment ces avis, mais il y a, à mon sens, un élément encore plus important à considérer. Le leadership gouvernemental en dit beaucoup plus sur la réponse à cette crise que le pays auquel nous appartenons. Avoir le pouvoir de gérer les frontières, c’est une chose. Bien les gérer, ça en est une autre. Idem pour la mise en place des programmes d’aide. La gestion relève de la force de notre État. De sa compétence.   

En effet, le leadership de François Legault et de son équipe de ministres en ces temps de pandémie ne serait pas grand-chose s’il n’était pas soutenu par un appareil étatique solide, composé de fonctionnaires aguerris, rigoureux et responsables. C’est pour cela que le Québec passe aussi bien à travers les crises, quelles qu’elles soient (le verglas, Mégantic, etc.), même si elles sont, ici comme ailleurs, également révélatrices de nos faiblesses, voire carrément des limites de nos institutions, qu’il faut dès lors faire évoluer, comme le prouve actuellement la situation des CHSLD.   

Bref, somme toute, la situation actuelle est bien plus révélatrice de la maturité du Québec et de notre capacité de voler de nos propres ailes que de toute autre chose, à mon avis. L’efficacité du Québec serait bien plus grande ainsi. Il est par ailleurs assez ahurissant de constater l’étendue du fossé existant entre, d’un côté, le gouvernement fédéral qui détient les cordons de la bourse et annonce de nouveaux chèques tous les jours, et le gouvernement du Québec qui, de son côté, doit gérer la crise au quotidien, sur le terrain.   

Catherine Fournier est députée indépendante à l'Assemblée nationale.