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Fini les menaces des bonhommes Sept-Heures

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Photos AFP et d'archives L’actuel premier ministre du Canada Justin Trudeau et son père Pierre Eliott Trudeau, qui fut à la tête du pays d’avril 1968 à juin 1979 et de mars 1980 à juin 1984.

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Quarante ans après le premier référendum, le Québec se retrouve toujours dans le Canada d’un Trudeau, tout en étant encore dirigé par un nationaliste dont le nom de famille commence par L, comme dans la chanson Libérez-nous des libéraux de Loco Locass !

Le Québec de François Legault aurait-il plus confiance en son autonomie financière que le Québec du temps de René Lévesque ? Et Justin Trudeau serait-il moins ratoureux dans ses stratégies de combat contre la souveraineté du Québec que son père Pierre Eliott Trudeau ?

Quoi qu’on dise, deux mondes séparent, économiquement parlant, le Québec d’aujourd’hui avec celui du 20 mai 1980.

Avec leurs menaces, les bonhommes Sept-Heures du fédéralisme canadien auraient peu d’emprise aujourd’hui sur les Québécois.

Entendons-nous bien : je ne dis pas que les Québécois voteraient majoritairement en faveur d’un Québec souverain. Mais chose certaine, les menaces fédéralistes évoquées à l’époque du référendum de 1980 pour faire peur aux Québécois glisseraient fort probablement comme l’eau sur le dos d’un huard.

LES MENACES FÉDÉRALISTES

Un rappel des fameuses menaces fédéralistes qui trouvaient malheureusement écho chez nombre de Québécois à l’époque :

  • Les pensions de vieillesse ne seront plus payées
  • L’incertitude économique va empirer
  • Le chômage va augmenter
  • Le prix de l’essence va grimper
  • Le gouvernement fédéral refusera de conclure un accord avec le Québec
  • Les exportations du Québec vont chuter
  • Le Québec ne pourra pas utiliser le dollar canadien
  • Les provinces boycotteront le Québec
  • Les Américains refuseront de faire affaire avec un Québec séparé
  • Les entreprises étrangères vont quitter le Québec
  • Le niveau de vie des Québécois va baisser radicalement
  • Les Québécois vont avoir de la difficulté à importer des produits étrangers
  • Beaucoup de Québécois vont quitter le Québec

LES COUPS VICIEUX

Et il faut savoir que la profération de ces menaces avait été précédée antérieurement d’une série d’attaques encore plus vicieuses. Pour mémoire historique, un rappel s’impose.

1967

Pour contrer le flirt du premier ministre Daniel Johnson (père) avec l’indépendance, le milieu de la haute finance québécoise (Bourse de Montréal, banquiers, courtiers) laisse croire que le Québec est victime d’une fuite de capitaux. 

Pour y mettre fin, les porte-étendard de la haute finance québécoise invitent Daniel Johnson à renoncer à ses visées d’indépendance du Québec. 

Finalement, il s’est avéré qu’il s’agissait d’une fausse fuite de capitaux organisée de toute pièce dans le dessein de faire peur au gouvernement de l’Union Nationale de Johnson !

1970 

À quelques jours du scrutin de la campagne électorale où le Parti québécois de René Lévesque se présentait pour la première fois survient le fameux coup de la Brinks alors que des camions blindés s’arrêtent devant le Royal Trust, à Montréal, et que plusieurs gardes transportent aux camions de grands sacs d’argent, pour les transférer ensuite vers Toronto. Comme par hasard, des journalistes et des photographes de presse se trouvaient sur les lieux afin de propager auprès de la population la fuite des capitaux. Et l’impact souhaité par les fédéralistes s’est matérialisé alors que la troupe de René Lévesque ne remporta que sept sièges, malgré 23 % des votes.

L’objectif des fédéralistes visait à démontrer aux Québécois qu’une future « piastre à Lévesque » allait s’effondrer. Cette attaque était d’autant vicieuse que René Lévesque avait toujours dit que le maintien de la monnaie canadienne était fondamental à la réalisation de son projet souverainiste.

1973

La question de la monnaie à utiliser advenant l’indépendance du Québec reste une arme fédéraliste efficace pour faire peur aux électeurs québécois. Et ça marche : lors de l’élection de 1973, le PQ récolte 31 % des voix, mais doit se contenter de six sièges seulement.

1976

C’est le couronnement de René Lévesque alors qu’il prend le pouvoir avec 41 % des voix. La propagande fédéraliste laisse croire que le Québec risque de devenir le « Cuba du Nord » sous le gouvernement péquiste. Une grosse menace pour les capitalistes !

Dans les jours qui suivent la prise du pouvoir par René Lévesque, le gouvernement et Hydro-Québec font l’objet d’un boycottage de la part des marchés financiers de Montréal, Toronto et New York. Ceux-ci ne veulent pas acheter les nouvelles obligations émises par Québec et Hydro.

Qu’à cela ne tienne, avec ces centaines de millions $ de liquidités, la Caisse de dépôt et placement (avec à sa tête un PDG nationaliste, Jean Campeau) achète elle-même lesdites obligations, en plus d’acquérir celles que les investisseurs inquiets veulent vendre. Une fois l’inquiétude passée, la valeur des obligations québécoises s’est redressée et la Caisse a pu réaliser un gros coup d’argent !

Grâce au génie financier du ministre péquiste des Finances, Jacques Parizeau, le Québec avait trouvé le moyen de contrer le boycottage des financiers nord-américains en allant effectuer les emprunts auprès des banquiers de la Suisse, de la Grande-Bretagne, de la Belgique et du Japon.

Et le merveilleux monde de la haute finance nord-américaine s’est remis à acheter des obligations québécoises...

1980

En cette année référendaire, les coups volent bas. Menées par un Pierre Elliott Trudeau plus aguerri que jamais, les troupes fédéralistes ne lésinent pas sur les menaces financières.

Comble de malheur pour le camp du OUI, la récession est omniprésente au Canada, les taux d’intérêt grimpent, même chose pour le chômage.

Résultat : le camp du NON de Trudeau père l’emporte avec 59,6 % des voix, contre 40,4 % pour le camp du OUI de Lévesque.

Quarante ans plus tard, on se retrouve de nouveau en pleine récession, à cause cette fois de la pandémie du coronavirus. Mais... le Québec est devenu une force économique indéniable. Le retour en force du « Maître chez nous » sous le gouvernement de François Legault redonne aux Québécois de la fierté.

Et la « souveraineté », elle ? Ça reste un rêve... !