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La patate chaude

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Photo AFP Justin Trudeau se préoccupe pour l’instant de cracher l’argent. Le reste attendra.

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Un employé a-t-il le droit de refuser de retourner au travail contre la volonté de son employeur, tout en continuant de toucher la Prestation canadienne d’urgence de 2000 $ par mois ? 

La question semble claire, non ? 

Elle est en tout cas brûlante d’actualité, alors que le déconfinement poursuit sa lente progression un peu partout au pays. 

Le sujet embête le gouvernement Trudeau, qui tourne autour du pot depuis des jours. 

Et puis surprise : Ottawa a fini par lancer la patate chaude à Québec. 

Ainsi, il relèvera de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) de vérifier si un employé récalcitrant a des motifs valables pour refuser de retourner au boulot. 

« Si une personne juge que ses conditions de travail mettent sa vie ou sa santé en danger et qu’elle refuse d’aller travailler, la CNESST devra attester de la validité de ses craintes », m’a dit une source libérale.  

Si, après enquête, la CNESST découvre que les craintes de l’employé ne sont pas fondées, ce dernier devra rembourser la PCU, parce que ce sera considéré comme un départ volontaire, a précisé notre interlocuteur. 

À Québec, on est tombé des nues. 

Il semble que personne, dans l’autre capitale, n’était au courant. 

Il n’est pas étonnant que la CNESST ait à procéder à ce genre d’enquête. C’est son rôle. 

Mais il n’y a encore aucun arrimage entre les deux gouvernements dans ce dossier. On se demande donc à Québec par quel canal passera la CNESST pour faire connaître ses décisions à Ottawa. 

« Il n’y a pas d’entente », a résumé poliment une source caquiste, qui comprend mal pourquoi le fédéral lui renvoie la balle. 

Effets pervers 

À l’heure du déconfinement, de plus en plus d’employeurs s’inquiètent de l’effet dissuasif de la PCU sur la main-d’œuvre disponible. 

Le gouvernement Trudeau a finalement admis cette semaine que ce programme pouvait avoir ce genre d’effets « pervers ». 

« C’est clair qu’il faut être en position de pouvoir rectifier le tir, là où on voit des effets pervers se manifester », a affirmé en point de presse le ministre montréalais, Marc Miller.  

Les conservateurs et le Bloc ont proposé des changements à la PCU pour encourager le retour au travail progressif.  

On ne semble pas pressé dans le camp libéral d’y répondre.  

Justin Trudeau se préoccupe pour l’instant de cracher l’argent. Le reste attendra. 

Il faut dire que les travaux parlementaires tournent encore au ralenti. 

Déconfiner le Parlement 

Le chef conservateur, Andrew Scheer, a d’ailleurs encore plaidé hier pour un retour en Chambre avec plusieurs séances en personne par semaine. 

Les appels au déconfinement du Parlement à Ottawa seront de plus en plus difficiles à ignorer. 

D’abord, parce que les effets de l’aide fédérale commencent à se faire sentir. 

Devrait-on modifier, bonifier, prolonger, ou encore réduire la portée des programmes d’aide aux travailleurs et entreprises votés à toute vapeur ? 

L’enceinte du Parlement demeure l’endroit tout désigné pour en débattre---. 

Il y a aussi tout le menu législatif qui est sur la glace, et le temps file. À l’heure actuelle, seul le dépôt de projets de loi liés à la COVID-19 est permis. 

Les libéraux ont intérêt à accélérer les travaux de la Chambre, quitte à siéger tout l’été. 

Le gouvernement Trudeau a le vent dans les voiles dans l’opinion publique. Il a aussi des promesses électorales à remplir, avant la prochaine campagne.