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Nos régimes de retraite sous haute tension pour plusieurs années

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Illustration Adobe Stock

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La semaine dernière, je remettais en doute l’idée d’une aide d’urgence pour les retraités sous prétexte qu’ils n’avaient pas subi de perte de revenu. Je ne me suis pas fait des amis. 

On m’a reproché entre autres de saboter les efforts de la FADOQ et du Bloc québécois qui redoublent en ce moment leurs pressions sur le gouvernement fédéral pour qu’il augmente les pensions de la Sécurité de la vieillesse (PSV). 

« Un jour, vous aussi, vous serez vieux, Monsieur Germain », m’a-t-on averti à plusieurs occasions. Je le sais, et c’est bien là le problème.  

Les retraités sont une ressource renouvelable, il faut aussi penser à ceux de demain. 

Les pensions sous pression 

Avant l’arrivée de la COVID-19, j’ai relevé dans une chronique la fragilité à long terme du programme de la Sécurité de la vieillesse. Il offre actuellement une pension (maximum de 7350 $ pour 2020, en bonne partie indexée) aux Canadiens de 65 ans et plus, en plus du Supplément de revenu garanti pour les personnes à faible revenu (rente maximum de 11 000 $ par année). 

Financé à même les impôts, avais-je signalé en février, son coût augmentera de 20 milliards $ par année d’ici 10 ans du seul fait qu’il y aura plus de bénéficiaires. Au moment d’écrire ce texte, cette donnée me semblait inquiétante dans un contexte où Ottawa enregistrait des déficits récurrents de 20 milliards $ par année alors que l’économie roulait à plein régime. 

Il arrivera un jour où l’on retrouvera la mesure de ce que représente un milliard de dollars. D’ici là, le prochain déficit fédéral se calculera vraisemblablement en centaines de milliards de dollars et on n’est pas près de revoir le climat économique favorable qui prévalait avant la COVID-19. 

Coûts de la santé en hausse 

Au regard de la crise actuelle, il faut aussi s’attendre à une explosion des coûts en santé. Les conditions d’hébergement des personnes âgées sont inacceptables, la situation doit être redressée, ce qui nécessitera des investissements massifs. 

Je ne veux pas être prophète de malheur, mais il ne faudra pas s’étonner de voir s’effriter d’ici 10 ou 15 ans le programme de Sécurité de la vieillesse. Un peu. Il se pourrait aussi qu’une augmentation des impôts soit nécessaire pour financer ce programme qui sera moins généreux. Je ne peux jurer de rien, mais bien des retraités actuels ne seront plus là pour le voir. 

Le RRQ est solide 

Des lecteurs se sont aussi scandalisés que le Régime des rentes du Québec (RRQ) ne vienne pas au secours des retraités. Toute bonification des rentes des prestataires actuels, ou même un versement forfaitaire se feraient au détriment des rentiers futurs, c’est-à-dire les travailleurs. 

Au contraire de la Sécurité de la vieillesse, le Régime de rentes du Québec est capitalisé dans une enveloppe à part, par des cotisations des employés et des employeurs. 

Depuis 2017, il y a deux couches au RRQ. Le régime de base et un régime supplémentaire mis en place pour pallier le recul des régimes de retraite dans le secteur privé. 

Le régime de base reste le plus important. Il vise à remplacer 25 % du revenu d’emploi (jusqu’à un certain plafond) durant la retraite. Pour financer ça, l’employé et son employeur se partagent une cotisation équivalant à 10,8 % du salaire (sauf sur les 3500 premiers dollars de revenus), jusqu’à concurrence de 58 700 $ en 2020. C’est ce qu’on appelle le « maximum des gains admissibles », qui est réévalué à la hausse chaque année. La rente remplace 25 % de ce montant-là. 

Si le coût vous semble élevé, vous ne rêvez pas. Durant des années, le régime a été sous-financé parce que les primes exigées étaient trop faibles. Autrement dit, les travailleurs payent aujourd’hui une partie des rentes des bénéficiaires actuels. 

La deuxième couche du RRQ a pour but que les Québécois touchent éventuellement 33 % d’un revenu maximum de 63 000 $ (en dollars d’aujourd’hui). Les primes des travailleurs ont commencé à augmenter l’année dernière et grimperont jusqu’en 2025, et ce n’est que dans 30 ans d’ici que l’effet sur les rentes se fera pleinement sentir ! 

Tout ça pour dire que ça ne s’improvise pas. Les rentes sont savamment calculées en fonction des primes payées ; on ne peut pas les augmenter au gré du vent. Le RRQ, au contraire de la PSV, reste à l’abri des considérations politiques à court terme.