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Premier long week-end?

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Le magnolia s’est enfin décidé à ouvrir, le temps s’adoucit, le ciel est d’un bleu éthéré et pourtant... 

On se réjouit d’être en vie, mais elle nous semble malgré tout pesante. Depuis l’avènement de ce coronavirus, tous les jours se ressemblent, et chaque semaine est un interminable «merdredi». 

Vendredi, sous la pluie, on s’est soudain rendu compte que, ce lundi étant férié, ce serait notre premier long week-end de la saison. 

Ça fait depuis mars que notre vie se déroule comme un long week-end où on ne va nulle part! 

Samedi, nous fêtions les 89 ans de ma vieille. Nous avons réussi à les célébrer malgré les mesures de distanciation sociale. 

Dans le jardin arrière de son immeuble, une bonne âme a dressé une jolie table avec une nappe blanche en dentelle pour y déposer un gâteau et quelques friandises. Et sous un ciel maussade, ma sœur, mon neveu et moi, chacun à deux mètres de distance, avons levé notre verre pour souhaiter longue vie à notre matriarche. 

En cette période, une petite fête intime et tout en retenue, avec nous, conscients de notre privilège de l’avoir encore à nos côtés. 

Depuis quelques années déjà, chacun de ses anniversaires nous offre un moment précieux, car le compteur tourne à plein régime. 

Ce 16 mai avait une saveur particulière, la fêtée elle-même trouve à ce printemps un parfum de fin du monde. 

Ce qui ne l’a pas empêchée d’apprécier une coupe de champagne et une bonne part de gâteau à la vanille. Elle ne se laisse pas abattre facilement. 

Contente de recevoir autant de bons vœux et d’appels de ses amis, elle s’étonne que tous lui demandent comment elle arrive à supporter d’être si longtemps à l’arrêt. Chacun sait qu’elle n’a rien d’une contemplative. 

À tous, elle répond que si elle se trouvait seule dans cette situation, elle ruerait dans les brancards, mais comme nous sommes tous logés à la même enseigne, elle se résigne. Soyons honnêtes, elle piaffe quand même. 

Elle aurait bien voulu mettre en scène son souper de fête chez elle: 

«Comment ça, on n’a pas le droit? Je ne suis pas malade! 

– Justement, on ne veut pas que tu le deviennes. 

– Mais vous n’êtes pas malades non plus. 

– Non, mais on pourrait être asymptomatiques.» 

Oh, qu’on a du mal avec ce concept-là! On l’explique, mais ça ne s’imprime pas. Deux jours après, elle revient à la charge. 

La reine du punch a besoin d’action, de défi, d’acteurs et de scène. Le théâtre du quotidien ne lui suffit pas, il lui tarde de retrouver son Rideau Vert.