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La grande illusion

Plagiat - Fin de session
Photo d'archives, Chantal Poirier

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Dans les universités et les cégeps, il semble acquis que l’enseignement se fera à distance à l’automne.

Dans un contexte de grande incertitude, je ne blâmerai pas les autorités de faire primer la sécurité. 

Je reconnais l’ingéniosité de plusieurs outils technologiques dans le domaine pédagogique.

Je ne nie pas non plus que l’enseignement à distance fonctionne très bien dans des programmes comme les certificats, qui s’adressent à des étudiants plus âgés et plus autonomes.

Pour les étudiants qui nécessitent un suivi plus serré, l’enseignement à distance ne remplacera jamais, jamais, jamais la présence en classe.

Mon malaise est ailleurs.

Virage

J’ai un copain qui est prof au cégep. 

Il me raconte qu’il venait de participer, sur ZOOM, à une réunion virtuelle avec des dizaines de collègues et de cadres pour discuter de la rentrée d’automne.

Pendant plus de 3 heures, ils ont jasé de quincaillerie informatique : Via, Teams, Tegrity, etc.

Mais ce qui frappait mon ami, c’était le ton, l’atmosphère, l’état d’esprit de beaucoup.

Loin de la déprime, ils étaient terriblement excités. 

On comparait les mérites respectifs des outils comme des « tripeux de chars » qui comparent la Camaro, la Corvette, la Challenger et la Mustang.  

Des mots revenaient souvent : « novateur », « imagination », « adaptation ». Je devine qu’on a aussi beaucoup utilisé « opportunités » et « défis ». 

Plusieurs, dit mon ami, avaient le sentiment d’écrire une page d’histoire.

Un peu comme Neil Armstrong, le 20 juillet 1969 à 10 h 56 PM, lorsqu’il pose le pied sur la Lune et dit : « That’s one small step for a man, one giant leap for mankind ». 

Les mêmes qui jurent que la qualité ne sera pas compromise ajoutaient, trois secondes plus tard, qu’il faudra se concentrer sur l’encadrement et l’accompagnement et, donc, alléger le contenu. 

Ben coudonc...

Je vois la même chose dans le monde universitaire.

Si beaucoup de profs sont attristés, d’autres sont très excités. 

Pour eux, c’est un tournant, une occasion inespérée, un boulevard de possibilités qui s’ouvre.

Je soupçonne que beaucoup espèrent que les changements introduits deviendront permanents. 

En passant, si on peut filmer un prof et mettre son cours en ligne, pourquoi embaucher des tas de chargés de cours ?

La question va se poser.

Publier

Il y a, au cœur de l’université moderne, une réalité massive, totalement incomprise des gens extérieurs à ce milieu.

Dans le monde universitaire, le prestige, le succès, l’avancement des carrières ne sont pas du tout liés à l’enseignement.

Ce qui compte le plus, ce sont les articles scientifiques publiés dans des revues pointues.

Comme le temps n’est pas élastique, plus on met de distance entre soi et les étudiants, plus on peut consacrer de temps à cette production scientifique.

Voilà pourquoi beaucoup de profs n’enseignent qu’à la maîtrise et au doctorat, entourés de très peu d’étudiants, eux-mêmes déjà des chercheurs en herbe.

Voilà aussi pourquoi un étudiant pourra faire tout son baccalauréat en n’ayant eu pratiquement que des chargés de cours pendant trois ans.

À qui ce système profite-t-il le plus ? Certainement pas aux étudiants.

Et la crise actuelle risque fort d’accélérer cela.