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Le Québec: la pire province

Quebec
Photo Stevens LeBlanc François Legault

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Les faits sont indéniables. C’est au Québec que le bilan de la pandémie est le pire au Canada. Plus de gens sont contaminés et hospitalisés et on compte plus de décès. 

Selon un reportage de La Presse hier, le grand Toronto, avec ses 6,6 millions d’habitants, compte 14 250 cas de COVID-19. Dans le grand Montréal, 4,2 millions de personnes, il y en a 33 338. On recense dans le grand Toronto 1164 décès par rapport à 3105 dans le grand Montréal. À la grandeur des deux provinces, l’Ontario a 22 653 cas confirmés et le Québec 42 920. 

Ces chiffres alimentent les commentaires des médias et c’est normal. Derrière les chiffres, dévastateurs pour le Québec, il y a une obligation de s’interroger. Certains en profitent pour entretenir le Québec bashing, d’autres tentent des explications plus ou moins justifiables et la majorité des Québécois est plongée dans le plus grand désarroi. 

Imprudence 

Avant tout, il semble raisonnable d’affirmer que toute tentative d’établir des bilans aujourd’hui est plus qu’imprudente. On pourrait même parler d’irresponsabilité dans le cas où des bilans prématurés seraient le fait de gens habités par des préjugés bien enracinés depuis longtemps. 

Le Québec est une société distincte. Dans sa culture, sa langue, mais aussi dans sa composition démographique. On y trouve le plus grand nombre de personnes âgées. Celles-ci préfèrent abandonner leur résidence à partir de 65 ans pour vivre entre contemporains dans des lieux qui leur sont réservés. Au Canada, trois fois moins font ce choix. 

Contrairement au reste du Canada, les Québécois sont des adeptes de l’État providence, lequel est omniprésent dans leur vie. Ce qui explique cette centralisation à outrance. Dans le domaine de la santé, on a adopté un modèle quasi soviétique. On en paie actuellement le prix avec les CISSS, les CIUSSS et les CHSLD de tous nos malheurs. 

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Le Québec a vécu le début de la pandémie avec une ferveur quasi religieuse guidée par François Legault, vu alors comme un sauveur. Quant à Horacio Arruda, c’est en père Fouettard qu’il nous confinait. Mais comme il est vibrant et chaleureux, nous y avons consenti sans ruer dans les brancards. 

Illusion 

En fait, quand on voit les réactions violentes actuelles, les critiques de plus en plus acerbes formulées à l’encontre de nos dirigeants québécois, on a l’impression que durant quelques semaines les Québécois ont cru que le malheur qu’ils vivent maintenant allait les épargner. 

Il est troublant et humiliant de comparer la situation au Québec à celle de l’Ontario et du reste du Canada. Mais si nous ne pouvons faire reculer la contagion, nous ne devons pas pratiquer l’autoflagellation et le mépris de nous-mêmes, deux dérives toujours présentes dans notre québécitude de minoritaires. 

Le Québec s’est malmené depuis la fin de l’exaltante Révolution tranquille. Il a semblé oublier qu’il ne pouvait se réinventer en changeant constamment de structure, en abandonnant sa force collective, en s’enivrant d’individualité, en se dépersonnalisant et en vivant dans l’instant avec frénésie. La pandémie est à l’image de notre âme collective qui risque de partir en vrille.