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A.K.A. Jane Roe

Norma McCorney en 1998
Photo d'archives, AFP Norma McCorney en 1998

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Il est fort probable que vous ayez déjà entendu le nom de Jane Roe. Il est à tout jamais associé au débat sur l’accès à l’avortement. 

Si le nom est connu, on oublie souvent que ce n’est qu’un pseudonyme juridique. Roe c. Wade, c’est d’abord l’histoire de Norma McCorney.

Née dans le Sud, en Louisiane, Norma McCorney grandit au sein d’une famille dysfonctionnelle. Placée sous la protection de l’État, elle est ensuite confiée à un cousin de sa mère qui la viole à répétition. Mariée à 16 ans, elle quitte un mari violent, sombre peu à peu dans l’alcoolisme et, après une saga troublante, perd la garde de ses deux enfants. Lesbienne assumée depuis peu, elle fréquente les bars, fait la fête et ajoute la consommation de drogue au cocktail. 

C’est dans ce contexte particulièrement difficile qu’elle tombe de nouveau enceinte à l’âge de 21 ans. Après avoir tenté illégalement d’obtenir un avortement, elle est adressée par son médecin à un avocat spécialisé dans les dossiers liés à l’adoption. D’abord soucieuse d’obtenir un avortement, elle ne s'intéressera que timidement à la cause dans son ensemble. Son nom sera malgré tout utilisé devant les tribunaux et finira par entrer dans l’histoire. 

Vous avez déjà compris que la jeune femme n’a rien d’une activiste «classique» et qu’elle ne correspond pas vraiment au profil de la «personnalité médiatique» autour de laquelle on peut regrouper un grand nombre de femmes. Elle confie elle-même qu'à l'époque, lorsqu’on l’invite à des rassemblements, elle est marginalisée, rejetée par plusieurs.  

Si, déjà, le fait d’être associée à la célèbre cause Roe c. Wade de 1973 suffisait à faire entrer Norma McCorney dans les livres d’histoire, son parcours allait encore réserver quelques surprises. En 1994 et 1998, elle publiera deux livres sur sa vie et sa conversion au catholicisme. À compter de ce moment, elle affirme que défendre l’accès à l’avortement a été la plus grave erreur de sa vie. Les pro-choix sont atterrés, alors que les pro-vie tiennent une prise de taille. 

McCorney est décédée en 2017, mais pas avant d’avoir enregistré ce qu’elle considère comme sa confession. Un documentaire qui sera présenté dès vendredi par le réseau FX nous permet d’entendre la dernière version de l’évolution de la pensée de celle qu’on connaît d’abord par son pseudonyme juridique. 

Les extraits diffusés jusqu’à maintenant ont déjà l’effet d’une bombe. McCorney y explique sans pudeur qu’elle a été payée par des représentants de la droite religieuse pour s’exprimer contre le recours à l’avortement à partir du milieu des années 1990. Il ne s’agissait pour elle que d’une simple transaction: elle était bien consciente de sa valeur et elle l’a monnayée. 

On aurait versé à Jane Doe jusqu’à 500 000$ pour appuyer le mouvement pro-vie. On lui disait quoi dire et elle s’exécutait. Elle considère avoir été convaincante et être une bonne actrice. Avait-elle des convictions profondes? Bien difficile de cerner la vérité, tant son parcours est complexe. 

Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire ou d’entendre une autre version des événements que ce que montre le documentaire, mais il est fort possible que Mme McCorney soit jugée sévèrement. J’y vois d’abord le parcours singulier d’une femme à qui la vie n’a rien offert de bien positif depuis la naissance. 

Le sort de ce personnage historique ressemble malheureusement à bien d’autres. Pour survivre ou échapper aux problèmes, on se tourne vers ce qui semble être une bouée. Avant de la juger, je me pencherais sur la récupération qu’en ont faite les activistes. Elle n’est pas une victime, au sens où elle a donné son accord et négocié sa notoriété, mais les divers groupes de pression n’ont montré que bien peu de scrupules. 

Je vous laisse un ici un extrait du documentaire: