/opinion/blogs/columnists
Navigation

Comment leur dire adieu?

La comédienne Monique Mercure s'est éteinte dimanche, à l'âge de 89 ans.
Photo d'archives La comédienne Monique Mercure s'est éteinte dimanche, à l'âge de 89 ans.

Coup d'oeil sur cet article

La culture est sur pause et on ne voit pas le jour où elle se remettra en marche. Les artisans tirent des plans sur la comète. Comment pourrions-nous rouvrir les théâtres, quand recommencerons-nous à tourner? 

Et pendant que nous cherchons une issue à cette crise, de belles âmes trouvent la porte de sortie et s’esquivent furtivement. Qu’elles aient été de nature discrète comme Renée Claude ou flamboyante et fougueuse comme Monique Mercure et Michelle Rossignol, elles nous laissent l’empreinte du temps passé et d’une jeunesse à jamais envolée. 

Mon père disait: «On ne quitte jamais le métier d’artiste, c’est lui qui nous abandonne.» 

Généreux dans la gloire et cruel dans l’oubli, il nous laisse sur la voie de garage. Il arrive parfois que nous ne trouvions plus le chemin qui mène vers lui. Et nous disparaissons dans les plis de la mémoire. Mais nous ne les avions pas oubliées, ces femmes qui ont aimé passionnément ce métier et y ont consacré leur existence. 

Un métier qui nous fait tisser des liens au fil d’instants, de moments intenses entre les répétitions et les représentations d’une pièce, ou au gré des jours d’un tournage. 

Une vie d’artiste avec ses épisodes de bonheur, ses intervalles d’angoisse et de tourment. Une vie de création, de doute et de secondes d’éternité en suspension... 

Un chemin semé de rencontres fulgurantes entre tempéraments excessifs, de discussions animées, de rires, de coups de gueule, de larmes, de crises et de chagrins insondables, de peines contenues, de comptes jamais réglés. Des amitiés qui se nouent, se cultivent, se perdent, mais qui, au final, ne meurent jamais tout à fait. 

Leurs vies se sont achevées ces jours derniers, dans un monde que nous ne reconnaissons plus. Ces derniers mois, ce virus prive les amis et les familles du réconfort de faire le deuil collectif de leurs disparus. 

Point de fleurs ni d’accolades sur le parvis d’une église ou dans la tiédeur feutrée d’un salon funéraire. Les éloges funèbres se prononcent sur les réseaux sociaux. 

La distanciation sociale ne sied ni aux actrices ni aux chanteuses. 

Elles auraient sans doute aimé que nous soyons en communion pour souligner leur départ. 

On se sent comme si nous avions quitté la salle avant la tombée du rideau. 

Ne pouvant leur dire adieu, au moins, que tous ceux qui les ont aimées sachent que nous partageons leur peine.