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Le coronavirus a déstabilisé le grand marché européen

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BRUXELLES | Les décisions prises dans l’urgence pour endiguer la crise provoquée par le nouveau coronavirus mettent en danger la cohésion de l’UE, sous la menace d’une domination d’entreprises ayant bénéficié d’aides d’État, avertit la commissaire européenne Elisa Ferreira. 

«Près de 2 000 milliards d’euros (3 000 milliards $) ont été autorisés en aides d’État et la moitié de ces montants ont été distribués par le seul gouvernement allemand pour aider ses entreprises nationales. Lorsque ces entreprises se lancent dans la concurrence sur le marché intérieur, elles bénéficient d’un avantage total par rapport aux autres», a commenté la commissaire portugaise à la Cohésion, lors d’un entretien avec un groupe de journalistes, dont l’AFP. 

«Si vous voulez une échelle, le montant total des aides d’État accordées par les États membres les plus puissants à leurs propres entreprises équivaut au PIB total d’environ 16 États membres», a-t-elle souligné. 

«Il est donc important que dans le cadre du programme de relance, des conditions de concurrence équitable soient rétablies», a-t-elle expliqué. 

«Il faut remédier à une situation de complet déséquilibre qui permet à certaines entreprises de prendre le contrôle, d’acheter toutes les autres parce qu’elles sont devenues très faibles ou sont en faillite. Nous sommes face à une situation critique», a-t-elle mis en garde. 

Elisa Ferreira ne remet pas en question les décisions qui ont permis de faciliter l’octroi de ces aides d’État, car «elles étaient nécessaires». Mais elle presse de rétablir l’équilibre. 

«Nous avons besoin d’un grand marché pleinement opérationnel pour réussir la relance», insiste-t-elle. «Si la moitié de l’Union est en récession, c’est très dangereux. Le marché intérieur ne peut pas fonctionner. L’Euro ne peut pas fonctionner», soutient-elle. 

«La moitié des exportations des +frugaux+ (un groupe de pays comprenant les Pays-Bas, l’Autriche, la Suède et le Danemark, réservés sur le soutien à accorder aux pays du Sud) se font vers le grand marché européen. Il faut être avisé», plaide-t-elle. 

«L’Europe serait dans une position très désavantageuse vis-à-vis des grands blocs, comme la Chine ou les États-Unis, parce qu’ils sortent déjà de leurs poches beaucoup d’argent pour stimuler la relance de leurs économies». 

Politique de cohésion

La Commission européenne doit présenter le 27 mai un plan de relance économique appuyé sur un budget pour la période 2021-2027 doté d’une capacité d’emprunt.  

Le montant du budget pluriannuel et de la capacité d’emprunt, la destination des fonds et leur remboursement devront être négociés entre les 27 États membres et l’unanimité devra être trouvée. 

La France et l’Allemagne ont plaidé pour un emprunt mutualisé de 500 milliards d’euros (762 milliards $) sur trois années, remboursé sur le long terme. L’argent serait alloué sous forme de financements de programmes du budget de l’UE et d’aides aux secteurs d’activités et aux États les plus touchés par la crise. 

«Un budget pluriannuel limité à 1 % du RNB européen, comme le réclament les “frugaux”, ne sera pas suffisant», affirme Mme Ferreira.  

Dans la proposition mise sur la table par le président du Conseil européen Charles Michel en début d’année, les financements destinés à la Cohésion se montaient à un peu plus de 237 milliards d’euros (237 milliards $). Le projet a été rejeté par les États membres en février. 

Elisa Ferreira n’a pas été en mesure d’assurer que ces montants seront assurés dans le nouveau projet de budget attendu fin mai. «Je ne peux rien promettre, mais nous allons nous battre pour cela», a-t-elle déclaré. «Nous ne pourrons rien faire avec une politique de cohésion affaiblie», a-t-elle souligné. «Il faut la renforcer». 

Cette politique, qui vise à réduire les inégalités entre les niveaux de développement des régions au sein de l’UE, est «partie intégrante du marché intérieur», a-t-elle insisté.