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Les 40 ans du premier référendum: contre la distanciation face à notre histoire

Aujourd’hui, la politique québécoise ne semble plus avoir l’aspect prégnant qu’elle avait il y a 40 ans

Rene Levesque
Photo d'archives Le célèbre politicien québécois René Lévesque.

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Vous ne pouvez plus, et pour un bout de temps, voyager sur le globe.

• À lire aussi: Les 40 ans du premier référendum: et si le Québec avait dit oui?

Qu’à cela ne tienne, on vous a fait voyager, mais dans le temps, depuis samedi.

Plus précisément à ce moment charnière où, il y a 40 ans aujourd’hui même, les Québécois répondaient pour la première fois de leur histoire à la question : dans quel régime souhaitez-vous vivre ? Quel statut politique le Québec devrait-il avoir ?

Personnellement

Un petit événement de ma vie personnelle m’a fait comprendre il y a longtemps que ce fut un débat marquant.

En mai 1980, j’ai 11 ans, presque 12. L’intérêt pour la politique, je l’avais développé déjà quelque quatre ans plus tôt lors de l’élection du Parti québécois, sans doute en raison du traumatisme que ça avait causé dans ma famille très fédéraliste.

En 1980, j’ai 11 ans. Le personnage de René Lévesque était si proéminent que j’avais monté un petit spectacle de fin d’année où je l’imitais.
Photo courtoisie
En 1980, j’ai 11 ans. Le personnage de René Lévesque était si proéminent que j’avais monté un petit spectacle de fin d’année où je l’imitais.

À cet âge, les détails des enjeux m’échappaient bien sûr, mais j’avais saisi, je crois, que la politique pouvait avoir un effet déterminant sur la vie.

Je le déduisais dans la réaction de mes parents, de mes tantes et oncles. Dans les discussions avec mes amis dont les familles avaient parfois des positions totalement différentes de la mienne.

Imitations politiques

Nous avions fait des pieds et des mains, mon enseignante et moi, pour me donner une tête semblable à celle du chef du OUI. Calvitie non assumée et cernes de fumeur sous les yeux.
Photo courtoisie
Nous avions fait des pieds et des mains, mon enseignante et moi, pour me donner une tête semblable à celle du chef du OUI. Calvitie non assumée et cernes de fumeur sous les yeux.

Nous étions à l’époque des médias de masse et les débats nationaux prenaient beaucoup de place dans l’actualité. Parmi les humoristes en vogue, plusieurs étaient des imitateurs. Leurs sujets étaient très souvent politiques. 

Le plus connu d’entre eux ? Jean-Guy Moreau, lequel avait même consacré un spectacle à René Lévesque. Cet art, comme celui de la caricature, me fascinait et j’imitais les imitateurs à l’école.

L’humoriste Jean-Guy Moreau avait consacré un spectacle à René Lévesque.
Photo d'archives
L’humoriste Jean-Guy Moreau avait consacré un spectacle à René Lévesque.

Tellement qu’une jeune enseignante d’art plastique m’avait mis au défi de monter un petit spectacle de fin d’année avec un ami où nous allions enfiler imitations politiques et chansons de Vigneault, Charlebois, Leclerc, Ferland ! Juste nous deux. Tous les parents étaient invités !

Le personnage de Lévesque était si proéminent que j’avais fait des pieds et des mains avec l’aide de mon enseignante pour me donner une tête semblable à celle du premier ministre péquiste.

Nous étions allés acheter un crâne de caoutchouc sur lequel nous avions collé des bouts de laines grises pour reproduire la calvitie non assumée de Ti-Poil. Et j’avais acheté de fausses cigarettes.

Débats sanitaires

Aujourd’hui, la politique québécoise ne semble plus avoir l’aspect prégnant qu’elle avait il y a 40 ans. Même en temps de pandémie, où les débats, avec raison, sont avant tout sanitaires.

Qui sont les hommes et les femmes derrière nos politiciens? Emmanuelle présente... un balado animé par Emmanuelle Latraverse.

Autre hypothèse : la politique contemporaine est exempte de ses questions existentielles qui l’obsédaient alors.

Or, depuis 1980, le Québec n’a ni réussi à faire sa souveraineté, ni le fédéralisme renouvelé du Livre beige de Claude Ryan qui a pourtant « gagné » le référendum où un NON voulait dire un OUI (selon la promesse de Pierre Elliott Trudeau).

En plus, de nos jours, pour le meilleur et pour le pire, les médias sociaux projettent chaque individu-internaute instantanément dans l’international ; ou nous confinent dans nos niches d’intérêt.

Obsession ? 

Enfin, une chose me frappe : lorsqu’on parle de notre histoire un peu plus intensément – comme nous l’avons fait ces derniers jours –, plusieurs nous le reprochent !

Ce serait « ressasser de vieilles chicanes » inutiles, nous serions « obsédés » par l’histoire du Québec, laquelle ne serait pas déterminante pour le monde, alors à quoi bon s’y arrêter ?

Je suis certain que personne aux États-Unis n’a fustigé un journaliste américain, en 2019, parce qu’il s’était penché sur les manifestations monstres contre la guerre du Vietnam, l’investiture de Nixon, ou encore Woodstock, etc.

Moi-même friand de documentaires historiques, j’enregistre à peu près toutes les émissions de télé où l’on en présente.

Près de 90 % de ce qui est projeté est produit à l’étranger et porte sur des sujets passionnants, mais hors de notre histoire, avec perspective étrangère. Parfois même on prétend raconter l’histoire d’une décennie... uniquement avec des événements américains !

Tout cela instaure une triste distanciation face à notre parcours national. Il ne serait pas risqué, bien au contraire, d’organiser un « déconfinement » historique, chez nous.