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ObaMAGAte !

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Le scandale du jour dans l’univers parallèle centré sur Donald Trump est, aux dires du président, « le pire crime de tous les temps ». En réalité, c’est une distraction, un autre épisode de la saga des « MAGAs ».

Ajoutez le suffixe « gate » à n’importe quel mot et vous avez un scandale. Pour Donald Trump, si ce mot est Obama, le scandale ne peut être que le plus grand de tous les temps.

Voilà de quoi plaire à la « base » trumpiste, qui retrouve son slogan, Make America Great Again, au cœur de ce cri de ralliement : ObaMAGAte !

Aux critiques de Trump et à ceux qui soulignent son retard sur Joe Biden dans les sondages, les fervents trumpistes répondent immanquablement qu’ObaMAGAte assurera la réélection de l’infaillible Trump.

Le pire scandale

Un journaliste posait la question : « Monsieur le président, vous accusez Barack Obama d’avoir commis le pire crime de tous les temps. De quel crime s’agit-il au juste ? » Évidemment, Trump a soigneusement omis de répondre. 

Le scandale se résume au fait que l’administration Obama avait placé sous surveillance certains associés de la campagne présidentielle de Donald Trump qui entretenaient des liens avec des Russes. De là est née une théorie du complot, selon laquelle Obama et « l’État profond [deep state] » ont cherché à faire dérailler la campagne, puis la présidence de Trump.

Les faits

En réalité, pour les services de renseignement, il y avait matière à s’inquiéter des Russes qui orbitaient autour de la campagne de Trump. Si Obama et le directeur du FBI James Comey avaient voulu faire dérailler cette campagne, ils auraient pu dévoiler ces liens, ce qu’ils n’ont pas fait. 

Pour les tenants de cette théorie du complot, toute bribe d’information factuelle prouve les manigances contre Trump. Par exemple, un courriel de l’ex-conseillère à la sécurité nationale Susan Rice, qui décrit comment les enquêtes suivaient rigoureusement les règles, est brandi comme une preuve du contraire. 

Pourtant, alors que le président affirme que l’affaire entraînera ses adversaires politiques en prison, l’Attorney General William Barr refuse d’ouvrir une enquête impliquant le triumvirat Obama-Biden-Comey.

Pourquoi ?

Légalement parlant, cette affaire n’ira nulle part. Il n’y a pas de crime et il n’y a de scandale que pour ceux qui veulent en voir. C’est d’abord une distraction pour détourner l’attention de la catastrophique gestion de la pandémie par l’administration Trump.

L’affaire vise aussi à stimuler la base partisane trumpiste. On peut y voir un signe de panique de la part d’un président tellement mal pris qu’il se croit forcé de protéger le noyau de son électorat, alors qu’il devrait plutôt chercher à l’étendre.

On y reconnaît aussi le mépris fondamental qu’éprouve Donald Trump pour l’institution de la présidence et ceux qui l’ont occupée avant lui, comme en fait foi son refus de participer au dévoilement du portrait de son prédécesseur à la Maison-Blanche. 

Donald Trump croyait abattre Obama en répétant un message d’un mot sur Twitter, « Obamagate », mais la réplique d’Obama l’emporte : « Votez ».