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Un été à 2 mètres

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Photo Pierre-Paul Poulin Le gouvernement n’avait pas d’autre choix que d’établir un cadre pour permettre aux gens de se côtoyer en maintenant quand même de bonnes pratiques d’hygiène et de distanciation, pour la simple et bonne raison qu’ils l’auraient fait de toute façon.

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L’entendez-vous ce bruit, ce crépitement scintillant reconnaissable entre tous ? C’est celui des steaks qui heurtent la grille du barbecue.

Remarquez, ils n’avaient pas attendu que le gouvernement annonce que nous pourrions commencer à nous réunir par groupes de dix personnes et moins issues de trois ménages maximum à compter de vendredi. 

Le confinement avait même poussé certains grillardins à lancer leur saison plus tôt et pas toujours dans le respect des directives de santé publique.

Il faut être réaliste, beaucoup de gens avaient déjà commencé à se rencontrer dans une certaine clandestinité pas si discrète que ça. C’est vrai dans les parcs, à Montréal, mais c’est vrai aussi dans les cours arrière de régions où il n’y a pas 36 vertueux pour prendre ça en photo et le mettre sur les réseaux sociaux.

Le gouvernement n’avait pas d’autre choix que d’établir un cadre pour permettre aux gens de se côtoyer en maintenant quand même de bonnes pratiques d’hygiène et de distanciation, pour la simple et bonne raison qu’ils l’auraient fait de toute façon. 

Reste à voir maintenant jusqu’à quel point les nouvelles règles seront respectées.

Expérience sociale extrême

En santé publique, le secret, ce sont des consignes claires et simples, répétées souvent, pendant des années. 

Mangez des légumes ; faites de l’exercice ; ne buvez pas tous les jours ; cessez de fumer ; faites vacciner vos enfants ; portez un condom quand vous n’êtes pas avec un partenaire régulier. Et encore, on ne parvient pas à tout suivre !

Ici, on vise l’expérience sociale extrême d’amener les gens à adhérer à des règles de santé publique qui vont à l’encontre de nos comportements naturels et qui sont appelées en plus à évoluer au gré d’une situation très changeante. 

C’est évident que ça ne peut pas être parfait dans l’application.

Les enfants vont continuer de courir les uns envers les autres et dans les bras de leurs grands-parents. On va continuer de vouloir se rapprocher pour raconter à quelqu’un quelque chose de plus douloureux ou de plus précieux. Et vous ne convaincrez pas tous les célibataires de le rester tant qu’on n’aura pas trouvé un vaccin contre le nouveau coronavirus. 

L’humain n’est pas fait pour fonctionner comme cela et, si c’était le cas, ce serait plutôt inquiétant.

À l’intérieur

Maintenant, ça ne doit pas être le chacun pour soi et le sauve qui peut. 

Le terrible drame qui s’est produit dans nos CHSLD cache aussi toutes les vies qui ont été sauvées par la belle discipline que les Québécois ont eue jusqu’ici. Nous étions un des endroits avec le plus haut taux de contagion au monde au début de cette crise.

Ce serait dommage que l’on doive, à la faveur d’une deuxième vague, se reconfiner complètement, d’autant plus qu’à l’automne, puis à Noël, on voudra avoir une situation épidémiologique qui nous permettra de nous réunir à l’intérieur. 

Pour y arriver, il faudra accepter de vivre cet été à deux mètres de distance.