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Les produits de la forêt en demande

Des Québécois se sont tournés vers certains aliments d’ici comme des petits fruits pendant la crise

Coronavirus - Covid-19
Photo courtoisie La Montréalaise Guylaine Le Dorze a troqué ses petits fruits américains pour des camerises, des amélanchiers et des bleuets de la forêt boréale du Québec. Elle présente ici son déjeuner composé, entre autres, d’amélanchiers et de bleuets sauvages.

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VAL-D’OR | L’engouement pour les produits locaux en temps de pandémie a poussé de nombreux Québécois à se tourner vers les aliments forestiers.

La Montréalaise Guylaine Le Dorze a troqué ses petits fruits en provenance des États-Unis pour des camerises, des amélanchiers et des bleuets de la forêt boréale.

« Si ça n’avait pas été de ce contexte-ci [la crise de la COVID-19], je ne pense pas que j’aurais cherché des petits fruits. Je me serais contentée de les acheter à l’épicerie », confesse Mme Le Dorze.

C’est en effectuant une recherche sur le web que la professeure de l’Université de Montréal a débusqué Gourmet Sauvage, une entreprise spécialisée dans la cueillette, la transformation et la vente de produits sauvages comestibles.

« Je cherchais des petits fruits québécois », raconte-t-elle.

De nombreux autres Québécois se sont mis à se nourrir de produits de la forêt dans les dernières semaines, selon Ariane Paré-Le Gal, de Gourmet Sauvage.

« Il y a clairement un désir des clients de mieux consommer », constate-t-elle.

Un second souffle

Ce revirement des consommateurs arrive à point pour les entreprises, comme Gourmet Sauvage, qui approvisionnaient surtout des restaurateurs avant la crise sanitaire.

« On a perdu une grosse partie de notre chiffre d’affaires, mais on a visé très fort avec le commerce en ligne et on s’en sort très correctement », témoigne l’entrepreneure.

Mais la réalité n’est pas la même pour toutes les petites entreprises de produits forestiers non ligneux (PFNL), nuance Mme Paré-Le Gal, en proposant qu’une aide gouvernementale soit accordée pour stimuler le commerce en ligne.

« Dans les PFNL, les entrepreneurs sont généralement des amoureux de la forêt, mais ce ne sont pas des gens d’affaires très adaptés pour le commerce électronique. »

Capacité de la ressource ?

La forêt pourrait nourrir davantage de Québécois qu’elle ne le fait actuellement, considère Renaud Longrée, formateur et conseiller sur les PFNL.

« Il y a énormément de nourriture qui reste en forêt », dit-il.

Par contre, pour des raisons d’approvisionnement et de santé, la forêt ne pourra jamais nourrir autant d’humains que peut le faire l’agriculture.

« Les comestibles sauvages devraient être un supplément aux légumes du jardin et de l’épicerie et non une base alimentaire. Du moins, pas avant d’avoir développé des connaissances, de l’expérience et un nombre suffisant de talles », stipule l’agronome et consultant en PFNL Louis Lefebvre.

Ariane Paré-Le Gal croit qu’un équilibre peut être maintenu.

« Peut-il y avoir trop de gens en forêt ? Oui. Peut-on avoir beaucoup de gens en forêt et bien faire le travail ? Absolument ! »

Attention avec le champignon chaga

Le chaga est un champignon qui pousse surtout sur les bouleaux.
Photo courtoisie, Roger Larivière
Le chaga est un champignon qui pousse surtout sur les bouleaux.

Un champignon forestier aux vertus médicinales appelé le chaga ne guérit ni ne traite la COVID-19, préviennent Santé Canada et des experts.

La forêt regorge de plantes médicinales utilisées depuis longtemps, notamment par les Premières Nations. Encore faut-il connaître leurs effets réels et comment les utiliser.

Des propriétés antivirales

Le 30 mars, Santé Canada mettait en garde les Canadiens contre les risques associés à l’achat de produits qui sont assortis d’allégations fausses et trompeuses sur leur capacité à prévenir, à traiter ou à guérir la COVID-19. 

Parmi ces produits se trouvait le chaga, un champignon forestier que l’on retrouve principalement sur les bouleaux.

Le chaga n’est pas un champignon toxique. Et il a même des propriétés antivirales.

« Des extraits de chaga ont démontré qu’ils avaient des activités antivirales, mais ce n’est pas contre les coronavirus, c’était contre d’autres types de virus », précise la professeure en biochimie de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), Isabel Desgagnés-Pénix.

Pas un remède

« La COVID-19 va entrer dans les yeux, dans le nez, dans la bouche et les cellules pulmonaires. Le chaga, si on prend une infusion, il se ramasse dans l’estomac. Ce n’est pas pantoute dans le même endroit ! Il ne faudrait pas que les gens commencent à boire des quantités phénoménales de chaga en pensant qu’ils sont protégés, ça ne serait pas le cas », dit-elle.

Le biologiste et auteur du livre Le chaga en vrai, abonde dans le même sens. 

« Moi, le chaga, je le consomme pour améliorer mon système immunitaire, témoigne Roger Larivière. Les plantes médicinales vont améliorer notre corps, mais on ne peut pas vraiment se guérir. »