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L’ex-PDG de VIA Rail embauché par Siemens

Pendant son règne, la société d’État a accordé un contrat de 989 millions $ à l’entreprise allemande

VIA Rail
Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin Yves Desjardins-Siciliano, alors président et chef de la direction de VIA Rail Canada, annonçait en décembre 2018 un contrat de près d’un milliard de dollars pour le remplacement de la flotte du corridor Québec-Windsor.

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Un an presque jour pour jour après s’être fait montrer la porte de VIA Rail, l’ex-grand patron Yves Desjardins-Siciliano vient d’être recruté par Siemens, qui construit au coût de 1 milliard $ les nouveaux trains de la société d’État.   

Nommé mercredi, l’ex-PDG de VIA Rail devient chef de la direction au Canada pour Siemens Mobilité, qui a décroché il y a 18 mois un contrat record de 989 millions $ avec VIA Rail.   

La filiale du groupe allemand est chargée de la construction des 32 nouvelles rames de trains destinées au corridor Québec-Windsor, le plus achalandé au pays. La somme en jeu pourrait même atteindre 1,5 milliard $, car le contrat contient des options pour l’achat de 16 rames de plus au cours des prochaines années.    

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« Grâce à sa connaissance approfondie du secteur, Yves est bien placé pour faire croître Siemens Mobilité au Canada », a fait valoir le chef de la direction de Siemens Mobilité en Amérique du Nord, Marc Buncher.   

M. Desjardins-Siciliano « renforcera la présence de Siemens Mobilité au Canada en dirigeant son équipe vouée à la fourniture de solutions de transport aux fournisseurs de services canadiens », comme VIA Rail, précise l’entreprise dans un communiqué.   

Un mandat non renouvelé  

Le gestionnaire d’expérience entre en poste tout juste un an après la décision du gouvernement Trudeau de ne pas renouveler son mandat à la tête de la compagnie, un geste plutôt rare.   

Comme une année s’est écoulée depuis son départ de l’institution fédérale, M. Desjardins-Siciliano agit en conformité avec la loi sur les conflits d’intérêts. Celle-ci impose une période « tampon » de douze mois pendant laquelle il est interdit d’accepter un emploi dans une entreprise avec laquelle on a eu des « rapports importants ».   

Au bureau du ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, la porte-parole Amy Butcher s’est dite « assurée » que « toutes les mesures appropriées ont été mises en place en ce qui concerne cet enjeu » chez VIA Rail.   

Retour d’ascenseur ?  

Quoi qu’il en soit, une période de douze mois est « nettement insuffisante » dans de tels cas, estime le porte-parole du Bloc Québécois en matière de Transports, Xavier Barsalou-Duval.   

« Ç’a tout l’air d’un retour d’ascenseur », dit le député, qui demande au vérificateur général du Canada d’enquêter sur cette nomination.   

​« Comment ça se fait qu’on a quelqu’un qui, juste un an et demi après avoir donné un contrat à une entreprise étrangère, obtient, lui, à son tour, un important emploi avec cette même entreprise ? Ça me rend mal à l’aise. »   

VIA Rail fait plutôt valoir que ​Siemens a été sélectionné en décembre 2018 « à l’issue d’un appel d’offres équitable, ouvert, rigoureux et transparent sous la supervision d’un surveillant en matière d’équité indépendant et du conseil d’administration de VIA Rail ».    

Siemens contredit VIA Rail  

Dans ses échanges avec Le Journal, le transporteur ferroviaire a d’abord fait valoir que son ex-patron travaillerait dans une autre division de la multinationale, « qui n’est pas en lien avec celle qui travaille sur les projets de VIA Rail ».   

Une information toutefois contredite par Siemens Mobilité, qui précise qu’elle « fournit des solutions au secteur canadien des transports depuis plus de 40 ans, notamment les rames de train qui seront livrées à VIA Rail à partir de 2021 ».    

« Oui, nous fournirons les trains de VIA », a confirmé de nouveau un porte-parole de Siemens Mobilité Canada. Les trains eux-mêmes sont assemblés à Sacramento, en Californie.    

Le contrat en bref   

  • Un contrat de 989 millions de dollars à Siemens Canada    
  • Construction des 32 rames de trains qui remplaceront la flotte exploitée dans le corridor Québec-Windsor   
  • Livraison des premières voitures : 2022  
  • Bombardier était aussi en lice, mais sa candidature a été rejetée