/opinion/blogs/columnists
Navigation

Nos patriotes et José Marti

Nos patriotes et José Marti
AFP

Coup d'oeil sur cet article

La Journée nationale des patriotes est célébrée tous les ans en mai (le lundi qui précède le 25 mai) depuis 2002. Elle souligne «l’importance de la lutte des patriotes de 1837-1838 pour la reconnaissance de leur nation, pour sa liberté politique et pour l’établissement d’un gouvernement démocratique», selon les termes rédigés à l’époque par le premier ministre Bernard Landry. 

Toute la journée du 18 mai, j’ai pu vérifier sur ma page Facebook que cette célébration est des plus populaires et que vous êtes nombreux à la mentionner et à honorer la mémoire de nos patriotes du XIXe siècle. Cela me réjouit d’autant plus que, 50 ans auparavant, nous étions à peine quelques centaines à nous revendiquer de l’exemple des patriotes. L’idée de souveraineté et d’indépendance a fait du chemin depuis et elle n’est plus le fait d’une minorité, d’un petit groupe d’«illuminés» ou d’intellectuels marginaux, comme c’était le cas dans les années soixante. On peut dire, sans fanfaronnade aucune, que nos luttes ont porté fruit. 

Nos idées et nos idéaux ont pénétré largement les classes populaires, mais cela ne semble pas réjouir tout le monde. Plusieurs intellectuels soi-disant progressistes prennent leurs distances par rapport à ces manifestations patriotiques. Il est considéré comme quétaine, kitsch, passéiste, voire fasciste, d’honorer la mémoire de nos patriotes. Dans ces chapelles fermées, on se dit pour la Cause du peuple, mais, dès que celui-ci manifeste bruyamment et affiche ses couleurs patriotiques, comme lors de la Journée nationale des patriotes ou de la fête nationale du 24 juin, on prend ses distances vis-à-vis des sans-culottes, pour ne pas être associé à «ça». Vraiment grotesque. 

Mais il y a pire. Récemment, j’ai parlé d’un essai sur La condition québécoise dans ma chronique «Livres» du Journal de Montréal. L’auteur, Jocelyn Létourneau, historien et professeur, fait justement partie de cette catégorie d’intellectuels qui entendent prendre leurs distances vis-à-vis des militants indépendantistes trop convaincus. Il minimise la geste héroïque des patriotes de 1837-1838. Plutôt que de parler de leur courage, il s’attarde à montrer le côté sombre de ces rébellions, avec son lot de «perplexes [...] sans compter les girouettes et autres vire-capot, pour ne rien dire des dégonflés, démissionnaires, traîtres et délateurs en tous genres». Les 12 patriotes pendus, les 400 autres exilés, et ceux qui sont morts au champ d’honneur? Sans doute «des idéalistes survoltés, des activistes exaspérés, des désillusionnés de tout acabit». C’est ce que j’écrivais dans ma chronique. Comme si, dans tout mouvement de révolte, il n’y avait pas une certaine forme d’improvisation et même de désorganisation. 

Cuba 

À Cuba, on a le culte du passé et il ne se passe pratiquement pas une journée de l’année sans qu’on célèbre un héros des luttes anticoloniales des XIXe et XXe siècles. 

Le 19 mai dernier, on a célébré le 125e anniversaire de la mort au combat de José Marti. Non pas son anniversaire de naissance, mais celui de sa mort au combat. Marti est l’exemple type de l’intellectuel engagé, qui n’a pas hésité à laisser la plume pour participer, arme à la main, à la guerre contre l’ennemi espagnol. Marti est mort en chargeant l’ennemi, laissant une œuvre abondante, mais son exemple est présent dans chaque Cubain, car tous se reconnaissent dans sa geste et son combat pour l’indépendance de leur patrie. Bien sûr, parmi ces patriotes, il y eut peut-être des «vire-capot» et des «démissionnaires», mais cela n’enlève rien à la justesse de leur cause.  

Le général Raul Castro, le président Diaz-Canel et d’autres dirigeants du pays ont déposé des gerbes de fleurs au cimetière de Santa Ifigenia, à Santiago de Cuba, tandis qu’un autre hommage était rendu au héros national à Dos Rios, dans la province de Granma, là où est tombé au combat José Marti, qu’on surnomme l’Apôtre. 

Quand un premier ministre du Québec osera-t-il en faire autant avec nos patriotes pour leur rendre enfin un hommage mérité?