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Après la crise pétrolière, les espoirs du sucre ont fondu

Après la crise pétrolière, les espoirs du sucre ont fondu
Photo AFP

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Paris | Après une crise historique, les industriels du sucre pensaient être sortis d'affaire, fin 2019, mais patatras: la crise pétrolière provoquée par la pandémie de Covid-19 est passée par là, modifiant les grands équilibres mondiaux du secteur. 

Depuis la crise sanitaire, «le sucre a perdu le tiers de sa valeur sur le marché mondial», constate Timothé Masson, économiste chargé des marchés à la CGB, syndicat des betteraviers français. 

Un constat terrible pour ces derniers et pour les industriels du sucre, notamment européens, qui espéraient se refaire une santé après une année marquée par des prix déprimés et des fermetures d'usines. 

Montée mi-février jusqu'à 15 cents américains, la livre de sucre brut est tombée il y a peu en-dessous des 8 cents, avant de remonter à 10. 

«Le cœur de la crise est avant tout lié à la crise du pétrole qui fait qu'au Brésil, il est plus intéressant de faire du sucre qu'on déverse sur le marché mondial (...) que de l'éthanol domestique qui s'est complètement écroulé à cause du pétrole», explique M. Masson à l'AFP. 

Un autre facteur de stimulation des exportations brésiliennes de sucre pour la récolte 2020-2021 «est la dévalorisation du real par rapport au dollar», selon un rapport récent de la compagnie nationale d'approvisionnement alimentaire au Brésil (Conab). 

«La perspective est que le change continue de soutenir la compétitivité du sucre brésilien sur le marché extérieur», souligne ce rapport, selon lequel la production brésilienne de sucre devrait atteindre 35,3 millions de tonnes, en hausse de 18,5 % par rapport à 2019-2020. 

Le real brésilien a perdu 30 % de sa valeur face au dollar, monnaie du marché mondial du sucre, depuis la crise sanitaire. 

«Ça veut dire que sur le très court terme, les Brésiliens sont beaucoup plus compétitifs, ils peuvent vendre sur le marché mondial moins cher en dollars, ils auront la même quantité en reals», selon M. Masson. 

Une tendance qui concerne d'autres pays producteurs de sucre, comme l'Afrique du sud ou la Thaïlande, remarque-t-il. 

La menace monétaire brésilienne 

Elle n'inquiète pas cependant Cristal Union, deuxième producteur français de sucre, affirme son directeur général, Alain Commissaire. 

«Nous avions annoncé, déjà, au mois de décembre, dans nos réunions internes et avec les agriculteurs, que nous avions changé de "business-model", pour devenir plus européens, plus flexibles, plus agiles, et moins sur le marché mondial», déclare-t-il à l'AFP. 

Un son de cloche similaire outre-Rhin, du côté de SüdZucker, numéro un mondial du sucre, où l'on souligne que, contrairement au marché mondial, les prix du marché européen ne baissent pas: alors que les cours du sucre étaient tombés à 300 euros la tonne dans l'UE en 2019, ils étaient à 370 euros fin février, «et la hausse des prix continue», souligne un porte-parole du groupe. 

Autre facteur d'optimisme pour le leader mondial, la récolte européenne s'annonce maigre, en raison d'un printemps sec, ce qui va mécaniquement diminuer l'offre et conforter la situation de déficit de l'Europe en sucre, après les restructurations de certains acteurs l'an dernier. 

L'inquiétude première des sucriers, c'est l'éthanol: «le Brésil produit fatalement de l'éthanol. Il ne faudrait pas qu'on se retrouve avec une pression anormale sur nos marchés qui viendrait du fait que le real est dévalué, et qu'avec des excédents chez eux, tout ça se déverse en Europe. Là, ça pourrait être un véritable sujet pour nous», souligne M. Commissaire. 

Près du quart des betteraves sont destinées à ce débouché en France, où il est particulièrement développé par rapport au reste de l'Europe, contre seulement 8 % pour le marché mondial du sucre. 

«Nous avons demandé à ce qu'une clause de sauvegarde soit étudiée en Europe, pour éviter des fleuves qui pourraient venir à la fois du Brésil et des États-Unis», ajoute M. Commissaire, pour qui la menace brésilienne est beaucoup plus large. 

«En début d'année, il fallait 3,5 reals pour faire un dollar, aujourd'hui, on est à 5,5, 5,7 et les banquiers anticipent un real à 7,5 à l'été. Ça veut dire que ce n'est pas que le sucre, mais tout le monde agricole va être "impacté" par ce qui se passe au Brésil», a-t-il conclu.