/opinion/columnists
Navigation

Bar ouvert?

Toruk
Photo Simon Clark Les gouvernements vont-ils aider des entreprises comme Le Cirque du Soleil qui étaient déjà fortement hypothéquées et qui appartiennent à de gros et riches actionnaires américain et chinois ?

Coup d'oeil sur cet article

Qui sont les plus touchés par la crise actuelle ? 

Les vieux, certes, mais aussi les pauvres. 

Les pauvres ne peuvent se barricader dans une grande maison avec une cour en arrière. 

Les pauvres ne peuvent se priver de revenus, et doivent donc accepter le risque d’aller travailler. 

Qui ? 

Si vous pensiez que la crise a exposé qui a le gros bout du bâton dans nos sociétés, attendez la suite. 

Jusqu’ici, Ottawa a dépensé sans compter. C’est un peu tout croche, mais on peut comprendre qu’il y avait urgence d’agir. 

L’objectif prioritaire était de soutenir les nouveaux chômeurs, et les petites et moyennes entreprises qui, sans aide gouvernementale, auraient rapidement été obligées de congédier massivement. 

Le tour des grandes entreprises est arrivé. 

Ottawa lance son plan pour celles qui ont des revenus de plus de 300 millions $. Les « vraies grosses »... 

Le Globe and Mail rapporte qu’il y en a 3000 au Canada. 

L’aide fédérale viendra sous forme de prêt à rembourser et sera réservée, dit-on, aux entreprises qui ne peuvent obtenir du financement privé. 

Ottawa explique qu’il s’agit d’aider les entreprises elles-mêmes et leurs employés, et non leurs actionnaires. 

Ceux qui ont acheté des actions de la compagnie X ont accepté de courir un risque. C’est la règle du jeu, et ils la connaissaient. 

Le gouvernement du Québec va aussi déployer ses mesures d’aide. 

Ottawa et Québec vont aider qui ? Pourquoi ? À quelle hauteur ? Selon quels critères ? En exigeant quoi en retour ? 

Prenez Air Canada. 

L’entreprise s’apprête à congédier plus de la moitié de ses employés, autour de 20 000. 

Est-ce trop demander, par exemple, qu’Ottawa exige d’Air Canada de cesser de se moquer du monde en offrant un crédit pour un futur voyage dans des délais serrés au lieu de rembourser ? 

Prenez le Cirque du Soleil. 

Québec envisage un prêt de 500 millions $ à une entreprise dont les deux principaux actionnaires sont un groupe américain (TPG) et un groupe chinois (Fosun) enregistrés... aux îles Caïmans.  

Comme Michel Girard l’expliquait, le vrai problème du Cirque est un énorme endettement, certes gonflé par la crise, mais déjà faramineux avant celle-ci. 

Si on aide, que ce soit au moins pour ramener ça chez nous. 

Prenez Bombardier. 

Oui, la COVID-19 a été terrible pour l’industrie de l’aviation. 

Mais voici une entreprise qui a versé une rémunération totale de 86 millions $ sur 5 ans à l’homme, Alain Bellemare, sous le règne duquel l’action a perdu 67 % de sa valeur et des milliers d’emplois ont été perdus... bien avant la crise actuelle. 

L’aider encore ? 

Vigilance 

Le capitalisme, disait Schumpeter, est un processus continuel de création et de destruction. 

Continuellement, des entreprises naissent et des entreprises meurent.  

On ne peut pas TOUTES les sauver. On ne DOIT surtout pas toutes les sauver. 

Parmi les entreprises qui demanderont de l’aide, certaines allaient mal, très mal, depuis longtemps. 

Elles invoqueront la crise de la COVID-19 pour refrapper à la porte de nos gouvernements... qui ne doivent pas se laisser duper. 

Il ne faut surtout pas se dépêcher d’aider celles qui étaient déjà sous respirateur artificiel.