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Bloqués en Finlande à cause du coronavirus, les travailleurs estoniens peuvent (enfin) rentrer au pays

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Helsinki | A Helsinki, en cette matinée de mai, le port retrouve peu à peu son allure de croisière, au rythme des longues files de véhicules prêts à embarquer sur le Tallink Megastar, direction l’Estonie.

Deux mois après l’instauration d’un semi-confinement pour lutter contre le nouveau coronavirus, la Finlande assouplit progressivement ses mesures, permettant aujourd’hui à des milliers de travailleurs transfrontaliers bloqués dans le pays nordique de rentrer chez eux.

Avant la crise sanitaire, les autorités estimaient à 50 000 le nombre de travailleurs estoniens faisant régulièrement la navette entre le pays balte et la Finlande, où les salaires sont plus élevés.

Nombre d’entre eux travaillent dans la santé, la logistique ou la construction, un dernier secteur où la main-d’oeuvre estonienne représente près d’un quart des emplois du pays.

Mais mi-mars, lorsque le gouvernement finlandais a pris ses premières mesures de restriction pour contenir l’épidémie de Covid-19 - notamment la fermeture de ses frontières -, les travailleurs estoniens n’ont eu d’autre choix que prendre une décision: celle de rester ou de partir.

«Tous ceux que je connais ont fait le même choix, à savoir rester ici», déclare à l’AFP Rain Anni, chef de chantier à Helsinki.

Ce père de famille, qui avait pour habitude de retrouver toutes les semaines en Estonie sa femme et ses deux enfants adolescents, ne les a pas vus pendant deux mois, jusqu’à la réouverture récente des frontières pour les travailleurs de l’espace Schengen - le 14 mai - avec une garantie de pouvoir retourner travailler sur le sol de la Finlande.

Pénurie de travailleurs

En Finlande, le secteur de la construction est l’un des principaux moteurs économiques du pays, ce qui a rapidement suscité des craintes de le voir paralysé. Des craintes jugées jusqu’à présent infondées selon des organisations syndicales.

Matti Harjuniemi, responsable du principal syndicat finlandais de l’industrie de la construction, estime que seuls 15% des 20 000 travailleurs estoniens employés dans le bâtiment en Finlande sont rentrés chez eux après l’instauration de restrictions.

«Le secteur n’a pas été si durement touché que cela, et la situation s’est améliorée depuis la réouverture de la frontière», déclare-t-il à l’AFP.

Il prévient cependant que le secteur pourrait être confronté à un ralentissement cet automne, dû à une baisse de la demande.

La fermeture des frontières a toutefois entraîné une pénurie de main-d’oeuvre pour certaines entreprises, les conduisant à interrompre des projets.

«De nouveaux chantiers ont ouvert pendant le confinement et ils avaient besoin de nouveaux travailleurs mais n’ont pas pu en avoir», témoigne Timo Ahola, responsable du département construction dans une agence de recrutement.

Marek Resev est estonien. Mis au chômage partiel en mars après la fermeture du chantier sur lequel il travaillait, il est rentré chez lui à Jarva-Jaani, dans le centre de l’Estonie. 

«J’ai fait beaucoup de choses chez moi (...) j’ai passé du temps avec ma compagne», raconte-t-il à l’AFP. «La question de l’argent a cependant toujours été présente», poursuit-il.

Marek a repris son travail en Finlande le 18 mai, mais dans un contexte économique incertain, conjugué à un éventuel retour au confinement, l’homme se dit préoccupé.

Contrôles systématiques

Depuis l’assouplissement des restrictions, le trafic des ferries a repris après deux mois «très difficiles» pour les compagnies.

«Ces dernières semaines, nous avons juste eu des camions à bord», explique à l’AFP Marika Nojd, de Tallink Silja, l’une des plus grandes compagnies de ferry en mer Baltique.   

Depuis mi-mai, le nombre de passagers a certes augmenté, mais de seulement 10% des volumes normaux. «C’est peu, mais c’est déjà ça», tempère Mme Nojd.  

La frontière finlandaise est encore fermée pour les voyages d’agrément. 

Quelque 6 400 passagers quotidiens naviguent entre Helsinki et Tallinn depuis le 14 mai, détaille le commandant Mikko Simola, garde-côtes, un nombre nettement inférieur aux 32.000 passagers quotidiens enregistrés en 2019, à la même période.

A leur arrivée à Helsinki, chaque véhicule est aujourd’hui systématiquement contrôlé.

Habituellement, ces contrôles ne sont nécessaires que pour les passagers arrivant sur un bateau de croisière en provenance d’un pays hors Union européenne.

«C’est important de rappeler que tout cela est fait pour s’assurer que le Covid-19 ne se répande pas davantage», tempère le lieutenant Jim Kuusimaki, l’un des responsable du poste-frontière.