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La tragédie grecque de Costa-Gavras

Conversations entre adults
Photo courtoisie Une scène du thriller politique Conversations entre adultes.

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Cinquante ans après son chef-d’œuvre, Z, le cinéaste Costa-Gavras revisite son genre de prédilection – le thriller politique – en portant à l’écran le livre Conversations entre adultes, qui nous emmène dans les coulisses de la crise économique qui a frappé sa Grèce natale, en 2015. Le Journal s’est entretenu par téléphone avec le célèbre réalisateur de 87 ans.  

Pandémie oblige, votre nouveau film, Conversations entre adultes, sort au Québec de façon virtuelle. Est-ce décevant pour un cinéaste de ne pas pouvoir présenter sa nouvelle réalisation sur grand écran ?  

« Oui, mais c’est un grand problème de notre époque : on voit beaucoup trop les films sur les petits écrans et les téléphones. Cela ne correspond pas à la façon dont nous faisons les films et à la façon dont il faut les voir, à mon avis. » 

Conversations entre adultes est une adaptation du livre du même titre écrit par l’ex-ministre des Finances de la Grèce, Yanis Varoufakis, qui était au premier plan des négociations avec l’Union européenne lors de la crise grecque de 2015. Qu’est-ce qui vous a interpellé dans cette histoire ?  

« Ce qui m’a le plus intéressé dans le livre, c’est la partie qui correspond à ses négociations avec les ministres de l’Économie des nations européennes. Pendant ces réunions, on découvre une Europe que nous ne connaissions pas. L’auteur du livre a enregistré toutes ces réunions parce qu’il s’est rendu compte qu’elles n’étaient jamais enregistrées et que toutes les personnes qui y participaient allaient ensuite raconter ce qu’ils voulaient aux médias. » 

Le cinéaste franco-grec Costa-Gavras (Z, Amen, Missing), sur le plateau de tournage de son plus récent film, Conversations entre adultes.
Photo courtoisie
Le cinéaste franco-grec Costa-Gavras (Z, Amen, Missing), sur le plateau de tournage de son plus récent film, Conversations entre adultes.

Le film est d’ailleurs très dur à l’endroit des membres de l’Union européenne... 

« Ce qui m’a frappé, c’est de voir à quel point ces personnes ne se préoccupaient pas du peuple. Ils se préoccupaient seulement des finances. C’est un comportement insupportable. Ma génération a vu naître l’Europe et nous avions un espoir formidable. Mais après quelques années, on s’aperçoit qu’elle est devenue une sorte de supermarché. On est loin de l’Europe sociale ou culturelle dont nous rêvions. Le rêve de voir une Europe unie ne s’est jamais concrétisé. On le voit en ce moment avec la pandémie. Les pays n’ont pas affronté ce problème ensemble. C’était chacun pour soi. » 

Est-ce risqué d’un point de vue cinématographique de mettre en scène un film qui comporte autant de dialogues ?  

« C’est toujours un problème, les dialogues, au cinéma. Mais dans ce cas-ci, je jugeais qu’ils étaient suffisamment dramatiques. Le suspense, dans ce film, passe par les dialogues et ce qui se passe entre les personnages ». 

Devant la fermeture temporaire des cinémas, les cinéphiles n’ont pas d’autre choix que de se tourner vers la vidéo sur demande. L’avenir du cinéma en salle vous inquiète-t-il ?  

« Le cinéma va continuer à exister parce que les gens ont besoin d’images et d’histoires et que ça, c’est le cinéma et l’audiovisuel qui le permettent. Le risque, comme vous le soulignez, c’est que les plateformes de diffusion en ligne comme Netflix absorbent totalement les spectateurs et tuent les salles de cinéma. La préoccupation de ces plateformes n’est pas culturelle ni artis-tique. Elle est purement économique. Ce qui les intéresse, c’est d’augmenter leur nombre d’abonnements. Ce sont les décideurs de ces plateformes qui décident quels films ils présentent. Les salles sont d’autant plus importantes parce qu’elles permettent une sorte de liberté qui est indispensable à l’existence d’un cinéma national. Il faut absolument les sauver. » 

Vous vivez à Paris depuis plus de 60 ans. Comment avez-vous vécu les derniers mois de confinement ?  

« Je le vis personnellement assez bien, parce que j’ai la chance, avec ma femme, d’avoir une grande maison où nous avons de l’espace. Mais j’ai une pensée pour les millions de gens qui vivent dans des petits appartements et pour qui c’est beaucoup plus difficile. Malheureusement, comme c’est souvent le cas, cette crise est une punition pour les pauvres et les gens qui n’ont pas les moyens. »  


Conversations entre adultes est diffusé en primeur sur le site du Cinéma du Parc et, à compter du 2 juin, sur les plateformes numériques.