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Les miracles d’Éléphant: 15 trésors cachés

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Certains films ont été retrouvés miraculeusement même si on avait perdu leurs traces depuis des décennies. D’autres ont été sauvés in extremis alors que leurs pellicules originales étaient en train de se détériorer. Depuis sa création, en 2008, l’organisme Éléphant : mémoire du cinéma québécois a restauré plus de 230 longs métrages de notre patrimoine cinématographique, redonnant ainsi une seconde vie à plusieurs œuvres qui étaient menacées de disparaître à tout jamais.   

« Sans le travail d’Éléphant, il y a énormément de films québécois qui seraient introuvables aujourd’hui », plaide le directeur de l’organisme, Dominique Dugas. Ce spécialiste du cinéma québécois a succédé, il y a un an et demi, à Claude Fournier et à Marie-José Raymond à la direction de ce projet philanthropique financé par Québecor, qui s’est donné la mission il y a 12 ans de restaurer, de numériser en haute définition et de rendre disponible l’ensemble du patrimoine cinématographique québécois.   

« Il y a beaucoup d’argent qui est investi pour produire des films, mais une fois qu’ils ont terminé leur vie commerciale, c’est comme si on ne s’en préoccupait plus. Pourtant, les films québécois doivent continuer à vivre. Les nouveaux films ne doivent pas remplacer les anciens. Ils doivent cohabiter avec eux. »   

Les quelque 230 longs métrages restaurés jusqu’à maintenant par Éléphant couvrent une période de plus de 60 ans. On y trouve des films de tous les genres, des classiques réalisés par des cinéastes de renom, mais aussi des œuvres méconnues qui ont néanmoins leur importance dans l’histoire de notre cinéma.    

« Il y a quelque chose de révélateur dans chacun des films qu’on restaure, que ce soit dans la façon de parler, de s’habiller, dans l’architecture, de voir les rapports humains d’une époque. Chaque film témoigne de quelque chose de notre histoire », observe Dominique Dugas.    

Parmi les quelque 230 films du répertoire d’Éléphant, on retrouve plusieurs trésors cachés du cinéma québécois. En voici 15 choisis et commentés par le directeur de l’organisme, Dominique Dugas.    

1. Le gros Bill (1949)   

« Les premiers films de fiction réalisés au Québec dans les années 1940 relèvent pour la plupart d’un cinéma du terroir faisant l’apologie des valeurs catholiques. Un des plus réussis, Le gros Bill, se déroule sur fond d’une rivalité amoureuse dont le dénouement culminera dans des scènes de draves particulièrement réussies. Le bon curé, le bon père de famille, sa fille objet de convoitise, les commères du village, l’étranger... On y trouve tous les archétypes du genre, les us et coutumes du folklore québécois et une bonne dose d’humour. C’est à la suite du succès de ce film que Jean Béliveau se verra attribuer le surnom du Gros Bill. »    

 

2. Le village enchanté (1956)   

« Le premier long métrage d’animation produit au Québec est l’œuvre de deux frères, Marcel et Réal Racicot, qui l’ont réalisé de façon artisanale sans véritables moyens. Fantaisie pour toute la famille, l’histoire du film raconte la fondation d’un village à l’époque de la colonisation de l’Abitibi alors qu’un loup-garou rôde. Un film léger, gentil et divertissant, et non sans humour. Si l’on doit sa survie à la Cinémathèque québécoise, sa restauration par Éléphant aura présenté un défi de taille vu l’état de dégradation dans lequel il se trouvait. »    

3. Pas de vacances pour les idoles (1965)   

« Alors distributeur de films et propriétaire de Télé-Métropole, qu’il a fondée en 1961, J.-A. DeSève commande au jeune Denis Héroux un film musical qui, comme A Hard Day’s Night l’a fait avec les Beatles, mettrait en valeur les jeunes vedettes de la télévision de cette époque. Alors coanimateur de Jeunesse d’aujourd’hui, Joël Denis tient le rôle d’un serveur qui enregistre un premier disque et devient l’idole de la jeunesse tout en se frottant à des criminels de haut rang. On y voit Donald Lautrec enregistrer en studio Loin dans ma campagne. Un film unique en son genre ! » 

   

4. L’initiation (1970)  

« En 1969, avec Valérie comme détonateur, une vague de films érotiques québécois initiée par la société Cinépix va déferler sur les écrans du Québec pendant quelques années. Un succès sans précédent au box-office qui culmine avec Deux femmes en or de Claude Fournier. Du lot, de par son scénario mieux développé et d’une grande qualité technique, on retient L’initiation, qui marque les débuts de Chantal Renaud au cinéma. Elle y interprète une jeune étudiante en littérature qui sera séduite par un écrivain français venu enseigner à Montréal, dont le roman l’avait éveillée à la sexualité. La restauration par Éléphant de ce film de Denis Héroux a permis à ce dernier de retrouver une certaine splendeur des images et des couleurs qu’on ne lui avait pas connue depuis sa sortie en 1970. »    

5. Tiens-toi bien après les oreilles à papa (1971)  

« En parallèle à la vague de films érotiques, la comédie populaire s’est également imposée dans les années 70 au Québec. Quelques-unes de ces comédies misaient sur le talent comique exceptionnel de Dominique Michel, dont Tiens-toi bien après les oreilles à papa, son premier film, dans lequel elle donne la réplique à un autre monument de l’humour : Yvon Deschamps. Ce film résolument nationaliste relate les péripéties d’une jeune secrétaire et de son collègue dans une compagnie d’assurances. C’est pour ce film que la chanson Mommy avait été écrite par son scénariste, Gilles Richer, et par Marc Gélinas. Elle a d’abord été interprétée en duo par Dominique Michel et Marc Gélinas avant d’être reprise par Pauline Julien. »    

6. Red (1970)  

« À l’ombre du film érotique et de la comédie populaire, plusieurs cinéastes québécois (Claude Jutra, Jean Pierre Lefebvre, Michel Brault, entre autres) ont émergé comme des auteurs de cinéma singuliers, reconnus à l’étranger. Gilles Carle était peut-être le plus célèbre d’entre eux. Outre les grands films qui l’ont consacré (La vie heureuse de Léopold Z., Les mâles, La vraie nature de Bernadette, La mort d’un bûcheron, Les Plouffe), on lui doit des œuvres moins connues, mais tout aussi intéressantes, dont Red, un film d’action qui s’intéresse aux relations entre les Québécois et les Premières Nations à travers le destin d’un Métis interprété par Daniel Pilon. Une incursion réussie de Carle dans le cinéma de genre à l’américaine. »    

7. Gina (1975)  

« Le cinéma de Denys Arcand est loin de se limiter au Déclin de l’empire américain, à Jésus de Montréal et aux Invasions barbares. D’autres grands films ont jalonné sa carrière, dont ses trois premiers longs métrages de fiction La maudite galette, Réjeanne Padovani et Gina. Ce dernier film est inspiré par ses difficultés rencontrées pendant la production de son documentaire sur l’industrie du textile. On y suit une équipe de cinéma venue tourner en région un documentaire sur l’industrie du textile et les tribulations d’une strip-teaseuse violée par un gang de motoneigistes. Sorte de western nordique, on trouve dans Gina une scène de poursuite parmi les plus réussies (et sanglantes) de l’histoire du cinéma québécois. »

    

8. Panique (1977)  

« Thriller politique, Panique est l’un des premiers films au Québec à aborder la question environnementale de front. Sur fond de crise sanitaire résultant de la pollution industrielle d’une pharmaceutique, le film dénonce la corruption entre les pouvoirs politique et économique. Le film de 1977 n’est pas sans faire écho à l’actualité politique des dernières années, mais également à l’époque de pandémie que nous vivons actuellement. Le plaidoyer final du personnage interprété par Paule Baillargeon, qui s’adresse à tous les enfants du Québec, n’est pas sans laisser le spectateur la gorge nouée au sortir du film. »    

9. Sonatine (1984)  

« Deuxième film réalisé par Micheline Lanctôt (son premier, L’homme à tout faire, a également été restauré par Éléphant), Sonatine avait remporté le Lion d’argent à la Mostra de Venise en 1984, l’un des plus prestigieux prix remportés par un film québécois dans un festival de cinéma. Malheureusement, le succès public n’a jamais suivi pour ce long métrage exceptionnel. Film sur le mal-être de deux adolescentes, sur l’indifférence du monde à leur désespoir, Sonatine nous a fait découvrir pour la première fois une bouleversante Pascale Bussières, dont la force intérieure du jeu explosait déjà à l’écran. »  

  

10. Bonheur d’occasion (1983)  

« Trois versions de l’adaptation cinématographique du chef-d’œuvre de Gabrielle Roy par Claude Fournier sont disponibles sur Éléphant : la version française de la sortie en salle originale, d’une durée de 123 minutes, la version intégrale du réalisateur de 178 minutes, revue lors de la numérisation du film par Éléphant, ainsi que la version anglaise The Tin Flute, qui a fait l’objet d’un tournage spécifique. La version intégrale restitue davantage le portrait social et la densité psychologique des personnages présents dans le roman de Roy en explorant davantage la vie de la famille Lacasse et celle du quartier Saint-Henri. La production de Bonheur d’occasion s’inscrivait à l’époque dans la foulée de ces adaptations de romans d’envergure (Les Plouffe, Maria Chapdelaine, Le Matou) qu’on produisait simultanément pour le cinéma et pour la télévision. »    

11. Un zoo la nuit (1987)  

« Le premier film de Jean-Claude Lauzon qui provoqua un électrochoc dans le cinéma québécois. C’est désormais un cinéma résolument urbain qui va prédominer pour les années à venir, un cinéma moins frileux à faire appel aux conventions du cinéma de genre et à l’esthétique publicitaire. Simultanément au suspense, le film aborde frontalement une thématique forte et récurrente du cinéma québécois, celle des relations père-fils et de la réconciliation, et il suscita une grande adhésion du public québécois. En ce sens, Un zoo la nuit est un des films qui aura eu le plus d’impact sur son époque et en est le plus emblématique. »    

12. Dans le ventre du dragon (1989)  

« Dernier film réalisé au Québec par Yves Simoneau avant d’entreprendre une fructueuse carrière en anglais, d’abord à Toronto, puis aux États-Unis, Dans le ventre du dragon est un film ambitieux dans sa volonté de faire se côtoyer deux univers et deux genres bien distincts, la comédie et la science-fiction, pour accoucher d’une fable poétique. On y met en parallèle une gang de passeurs de circulaires et un laboratoire pharmaceutique qui fait des expériences tordues en faisant vieillir précocement des cobayes. Le duo irrésistible des passeurs de circulaires Steve (Rémy Girard) et Bozo (Michel Côté), les inquiétants Dre Lucas (Marie Tifo) et Directeur (Jean-Louis Millette), ne sont que quelques-uns des personnages très bédéesques créés par Simoneau. La direction artistique de Normand Sarrazin et les images d’Alain Dostie ont retrouvé toute leur beauté grâce à la restauration d’Éléphant. »    

13. Requiem pour un beau sans-cœur (1992)  

« Robert Morin s’est fortement inspiré de l’ultime cavale de Richard Blass, abattu par la police en 1975, pour raconter les derniers jours de Régis Savoie, le plus dangereux criminel au pays. Filmé en caméra subjective, le long métrage raconte l’histoire à travers le regard des différents protagonistes, chacun racontant sa vérité sur les derniers moments de Savoie. Gildor Roy incarne le fugitif avec grand brio, et le film de Morin est l’un des meilleurs, sinon le meilleur polar jamais produit au Québec. Un film qui avait tout pour rayonner auprès d’un large public, mais qui n’en a jamais eu la chance. »    

14. Le sphinx (1995)  

« Tout juste avant de se lancer dans l’aventure des Boys, dont il a réalisé et coécrit les trois premiers films, Louis Saia signait avec Le Sphinx un premier long métrage de fiction qui s’attaquait à un genre passablement casse-gueule : la comédie dramatique. Marc Messier y campe un prof d’histoire qui, follement amoureux d’une danseuse érotique, largue sa famille et sa vie de banlieusard tranquille pour une plongée vertigineuse dans le monde de la nuit et du crime organisé. Répliques savoureuses et personnages secondaires hauts en couleur (Serge Thériault y offre une composition hallucinée du petit caïd italien), mais également réflexion sur la vie et les valeurs d’un homme en crise de la quarantaine, le film brille également par une excellente direction artistique et un travail sur les couleurs que vient bien servir le travail de restauration effectué. »   

 

15. Post Mortem (1999)  

« Premier long métrage de Louis Bélanger (Gaz Bar Blues, Les mauvaises herbes), Post Mortem s’inspire d’un fait divers improbable pour nous faire découvrir l’histoire de Linda et de Ghislain, celle d’une femme ressuscitée par un homme dans des circonstances troubles. Gabriel Arcand y est bouleversant dans le rôle d’un asocial romantique, mélomane blues qui travaille dans une morgue. Il donne la réplique à une Sylvie Moreau qui crève l’écran dans son premier rôle au cinéma. Même si le film n’avait que 20 ans avant sa restauration, il était pratiquement introuvable. »    


Les films d’Éléphant sont disponibles en vidéo sur demande sur Illico et iTunes.