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«Le deuil» de Josée Jacques: vivre un deuil au temps de la COVID-19

Josée Jacques
Photo courtoisie Josée Jacques

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Comment expliquer aux jeunes enfants qu’une personne qui leur est chère est décédée? Comment les aider à traverser un deuil, spécialement dans une période où tout se complique? Psychologue spécialisée auprès des personnes endeuillées, Josée Jacques propose des pistes éclairées et remplies d’humanité, utiles pour tout le monde, dans son nouveau livre de la collection La Boîte à outils, Le Deuil.   

Quel que soit leur âge, les enfants peuvent être affectés par toutes sortes de pertes : déménagement, départ d’un professeur, mort d’un animal de compagnie ou même décès d’un proche. Des sentiments de tristesse, de colère, parfois même d’impuissance ou de culpabilité viennent alors assombrir leur quotidien.  

Comment traverser un deuil en pleine pandémie, comme enfant et comme adulte, alors qu’un deuil est déjà un choc? «Le deuil, quand on perd quelqu’un qu’on aime, c’est un des événements les plus stressants dans une vie», rappelle Josée Jacques.   

«Dans ce contexte, c’est particulier parce que tout ce qu’on suggère habituellement comme étant bienfaisant pour le deuil, comme mettre en place des rituels, pouvoir parler de cette perte avec les proches, malheureusement, les gens ne peuvent pas le faire. C’est pour ça que ça devient difficile.»  

Il faut trouver de nouvelles formes de rituels et être en mesure de les partager avec d’autres personnes, pour sentir qu’on n’est pas seuls dans la perte, dit-elle. «On vit le deuil comme confinés. On a beau faire des vidéos, des FaceTime, des téléphones... mais c’est sûr que les effets ne sont pas les mêmes. C’est moins significatif que les rituels collectifs.»  

Stratégies d’adaptation  

Pour les adultes comme les enfants, la façon de vivre le deuil va dépendre des façons que l’on trouve pour s’adapter, ajoute la spécialiste. «J’ai parlé avec un collègue dont le papa, qui était dans un CHSLD, est décédé de la COVID-19. Il m’a dit : c’est sûr qu’on va faire un rituel. Ce sera dans six mois, dans un an... mais quand on va mettre ses cendres en terre, on va faire le regroupement que mon père aurait aimé avoir.»  

Déjà, visualiser que le rituel est reporté est apaisant, ajoute Josée Jacques. «En attendant, il va placer une photo dans la maison, allumer une bougie, et des membres de la famille ont écrit des textes sur Facebook. C’est comme si les gens allaient chercher une autre façon de mettre en place des rituels. Il y aura de l’innovation. Et tout dépendra des ressources de chacun.»  

Cependant, lorsqu’il y a beaucoup de colère et de culpabilité, le deuil peut devenir compliqué. «Présentement, quand on perd une personne âgée et qu’on a l’impression qu’on n’a pas pu être à côté d’elle, ou qu’elle ne comprenait pas ce qui se passait, ça peut faire vivre de la culpabilité à l’endeuillé. Il peut avoir beaucoup de colère à l’endroit du système – on le voit présentement.»  

Des réactions variées  

Les réactions des enfants face au deuil diffèrent de celles des adultes. «Les jeunes vont comprendre la mort différemment. À partir de 7-8 ans, c’est là qu’il va y avoir le plus de questionnements. Dans ce cas-ci, ils demandent quelles sont les causes, se demandent s’ils sont eux aussi à risque.»  

Mais quand les enfants sont très jeunes, la particularité, c’est que souvent ils ne comprennent pas trop la mort, précise-t-elle. «Ils ont l’impression que ce n’est pas permanent, que c’est réversible et rapidement, ils peuvent se sentir responsables. On aura besoin de rassurer les enfants.»  


  • Josée Jacques est psychologue spécialisée auprès des personnes endeuillées.  
  • Elle est également professeure de psychologie au Collège de Rosemont.  
  • Elle a écrit plusieurs livres sur le deuil, dont le cahier d’activités Ma vie sans toi, pour les enfants.  
  • Son site : joseejacques.ca   

EXTRAIT  

<i>Le Deuil, la boîte à outils</i><br />
Josée Jacques, Éditions de Mortagne, 184 pages.
Photo courtoisie
Le Deuil, la boîte à outils
Josée Jacques, Éditions de Mortagne, 184 pages.

«Offrir une présence sécurisante à l’enfant, peu importe ses réactions ou son absence de réaction, l’aide à se sentir suffisamment en confiance pour exprimer les tumultes engendrés par la perte. Cette qualité de présence a comme objectif de lui transmettre le message le plus important qui soit : Je suis là pour toi et disponible pour t’écouter. On peut s’y prendre de maintes façons : lui préparer sa collation préférée, lui offrir un bain moussant coloré, le border au coucher, lui proposer un massage, aller jouer avec lui, l’inviter à faire une activité de son choix, écouter un film avec lui, etc. Bref, il s’agit simplement de créer une alliance avec l’enfant pour qu’il se donne la permission d’exprimer ce qui jaillira en lui, peu importe sa nature et le moment où cela se produira.»