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Ils accompagnaient vos espoirs

Marc Crawford; Jacques Martin
Photo d'archives Le 6 mai 1995, les Nordiques célèbrent la victoire dans le premier match quart de finale contre les Rangers de New York au Colisée. Quelques semaines plus tard, l’équipe prenait la direction de Denver.

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Vingt-cinq ans. Ils sont partis depuis 25 ans. Ils auront été là pendant 23 ans. 

Pourquoi sont-ils encore aussi présents dans nos pensées ? 

Pourquoi la retransmission de leurs matchs à TVA Sports contre le Canadien a-t-elle attiré certains soirs près de 200 000 téléspectateurs ? 

Pourquoi on n’arrive pas à se les sortir du système et de nos vies ?

Pourquoi ?

Parce que les Nordiques de Québec auront accompagné toute la grande lancée remplie d’espoirs des Québécois à partir de 1970 jusqu’à leur disparition six mois avant le deuxième référendum. Ils ont accompagné une affirmation et une prise de possession.

C’est pour ça qu’une immense partie du peuple n’arrive pas à faire son deuil. Parce qu’ils ont fait partie de l’histoire.

LA FONDATION

Pas besoin de grands mots prétentieux et d’études universitaires bidon. Les Nordiques sont nés de la volonté et des espoirs de six Québécois, dont Marius Fortier, à l’automne 1971. Même pas un an après la première élection de sept députés du Parti québécois. 

Ils étaient bien timides ces premiers efforts. Mais ils avaient assez de panache pour convaincre le plus grand de tous les Canadiens, Maurice Rocket Richard de devenir leur entraîneur en chef. On n’a même pas osé imaginer l’ampleur de cette décision du Rocket. Lui, Jean-Claude Tremblay, Marc Tardif, Réjean Houle ont osé tourner le dos au confort pour l’aventure. 

Comme ça se passait dans toutes les régions du Québec où on travaillait dur pour faire grandir ce Québec inc. qui allait dominer les années 80.

LÉVESQUE ET LE RÉFÉRENDUM

Puis, les Nordiques, comme le Québec, ont grandi. C’est René Lévesque, élu le 15 novembre 1976, qui a mis en œuvre l’agrandissement du Colisée de Québec. 

Des Québécois comme Marcel Aubut, Jean Lesage, Maurice Fillion et quelques autres ont réussi à faire entrer les Nordiques dans la toute puissante LNH. 

Quelques mois avant le premier référendum, René Lévesque était sur la glace pour l’inauguration du Colisée agrandi à 15 000 sièges. 

Puis, malgré la défaite du 20 mai, les Aubut, Fillion, Demers, Bergeron, aidés par Michel Goulet, les frères Stastny, Dale Hunter et les autres ont lutté farouchement pour faire gagner du terrain au bleu nordique aux dépens du rouge canadien. 

Un sondage commandé à l’époque, probablement 1983-84, montrait que les régions de Québec, de la Beauce, du Royaume du Saguenay, du Bas-Saint-Laurent et de la Côte-Nord tournaient au bleu alors que Montréal et surtout le West Island, l’Outaouais et l’Estrie restaient profondément « rouge ». Comme sur la carte politique du Québec.

O’Keefe et Molson se battaient dans chaque dépanneur, dans chaque club Kiwanis. Bleu ou rouge. Il y a eu des passages à vide, mais les Nordiques avec Joe Sakic, Mats Sundin, Owen Nolan et les autres jeunes loups avaient retrouvé l’élan des débuts. 

LE DÉPART ET LE DEUXIÈME RÉFÉRENDUM

Après une défaite crève-cœur contre les Rangers de New York, un vol de l’arbitre Andy Van Hellemond, ils se sont retrouvés coincés entre un Colisée désuet et une offre de 75 M$ pour s’en aller au Colorado. 

Un premier ministre aussi souverainiste que Jacques Parizeau aurait dû percevoir, sentir ce que les Nordiques représentaient au Québec. Il a préféré se tourner vers Jean-Paul l’Allier et l’avocat André Jolicoeur. 

Le plus important pour M. Parizeau, c’était que les Nordiques partent sans nuire au prochain référendum. On ne le saura jamais, mais les 50 000 votes qui ont manqué venaient peut-être des fans des Fleurdelisés de la région de Québec. 

Les Nordiques sont partis le 25 mai 1995. Les Québécois plus nationalistes ont perdu et se sont fait voler le référendum de fin octobre. Quatre ans plus tard, la propriété des Expos échappait aux Québécois quand Jeffrey Loria mettait la main sur les Amours. Deux autres années encore et le CH, le grand Canadien rouge, devenait la propriété d’un Américain, George Gillett.

Deux équipes sur trois parties aux States... la troisième donnée à un beau parleur yankee. Et le Canadien rouge qui n’a plus jamais rien gagné. Et qui a trop souvent frôlé la médiocrité.

Que s’est-il passé au Québec depuis le départ des Nordiques ?

C’est peut-être ce qu’a compris instinctivement Pierre Karl Péladeau...

Let’s go Habs ! 

Pour mes amis de TVA Sports, pour le bien du Journal et des chroniqueurs de hockey, je me réjouis de lire que le Canadien pourrait se retrouver en séries éliminatoires à la fin de juillet.

Même les pires fefans admettront que ça n’a pas de maudit bon sens, mais le cash étant le cash, on a besoin de bonnes villes de hockey pour les réseaux de télévision. 

Un rêveur soutenait hier que deux millions de téléspectateurs seraient assis devant leur téléviseur à la fin de juillet pour suivre les efforts des Glorieux. 

Pourquoi ne pas rêver ? Après tout, les Américains le disent : A dream come true. S’ils se rendent en finale de cette fausse Coupe Stanley, nous serons complètement gagas pour les Glorieux. En plus, on devrait être rendus en septembre. C’est un meilleur mois pour la télé. 

Je ne veux pas lire un seul commentaire fustigeant cette décision de Gary Bettman commençant par « on voit bien que c’est l’argent qui mène... ». 

Si vous n’avez pas encore compris que c’était le cash qui menait le sport professionnel, je ne peux rien faire pour vous. C’est le cash, juste le cash, toujours le cash. Jusqu’à la moindre petite décision prise pendant une pause commerciale. 

Vous pensez que le masque offert à François Legault était gratuit ? Attendez de voir la suite...

Let’s go Habs !