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Les nombreuses questions sans réponses au sujet de la télémédecine

Coronavirus - Covid-19
Photo courtoisie Bon nombre de médecins ont vu leurs activités diminuer depuis le début de la pandémie. Plusieurs se sont tournés vers le téléphone et la visioconférence afin de réduire les contacts directs avec leurs patients. Sur la photo, le docteur Sylvain Dion, président de l’Association des Médecins de CLSC du Québec.

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J’ai eu cette semaine un rendez-vous médical par téléphone. Avant la pandémie, le médecin aurait exigé que je me déplace et que je ruine une demi-journée de travail à croupir en salle d’attente. Avec la télémédecine, cette visite m’a pris environ 10 minutes. 

J’attendais ce rendez-vous depuis trois ans ! Sans consultation à distance, je serais sûrement encore en attente. 

Et je suis loin d’être le seul. 

J’accumule les histoires de patients qui ont reçu un coup de fil de leur médecin pour des rendez-vous de suivi qu’ils ne croyaient même plus possibles.  

Un retard inacceptable

Comment se fait-il que le système de santé, gangrené depuis des décennies par les problèmes d’accès à un médecin, ait pu prendre autant de retard sur ce front ? C’est qu’avant la crise sanitaire, la Régie de l’assurance maladie refusait de couvrir les consultations par télémédecine ! 

Votre médecin vous faisait vous déplacer pour avoir le droit de facturer la consultation au gouvernement. C’est pour cela qu’il ne soulevait pas son téléphone.

Si les médecins sont aujourd’hui rémunérés pour ces consultations, rien n’indique que ça se poursuivra après la crise. Il s’agit d’une mesure d’exception. Le spectre de la bonne vieille salle d’attente plane toujours au-dessus de nos têtes.  

Le privé en profite

Comble d’absurdité, le Collège des médecins, dans un tout récent guide de pratique, qualifie la télémédecine de « saut vers l’inconnu » pour les médecins. Lui qui a étudié la question en 2000 et qui a produit un rapport sur le sujet en 2015. On dirait qu’on marche sur la tête. 

Pendant ce temps, les régimes d’assurance privée passent en mode virtuel et plusieurs financent désormais les consultations à distance. Un virage qui s’avère payant. La télémédecine contribuerait à faire diminuer les coûts des réclamations. 

Payant pour qui ?

J’ose espérer que la télémédecine soit là pour de bon. Mais il reste des raisons d’être inquiets. La permission spéciale du gouvernement pour la période de crise permet exceptionnellement aux médecins de facturer les consultations à distance, ce qui pourrait ouvrir des brèches. 

Prenez le cas où votre médecin fait une première consultation téléphonique, à la suite de laquelle il désire vous rencontrer en personne. Deux consultations seront-elles facturées au gouvernement ? Pour l’instant, rien n’est clair. 

Dans le passé, il est souvent arrivé que les économies dégagées par les nouvelles technologies aient abouti dans les poches des médecins. 

Une opération pour une cataracte, par exemple, se fait deux fois plus rapidement aujourd’hui qu’il y a 20 ans grâce aux technologies. 

Des études très crédibles montrent que même après avoir payé pour les nouvelles machines, les ophtalmologistes sont passés à la caisse parce qu’on n’a pas correctement ajusté leur tarification à l’acte. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. 

La même chose arrivera-t-elle avec la télémédecine ? Verrons-nous le nombre de consultations augmenter hors de contrôle ? Comment ajusterons-nous la rémunération des médecins ? Ce sont des questions qui méritent d’être posées et auxquelles Québec doit rapidement s’attaquer au plus vite.