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Un couple meurt sereinement côte à côte durant la pandémie

Les deux personnes âgées gravement malades ont pu recevoir l’aide médicale à mourir

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Photo courtoisie Ensemble depuis près de 30 ans, Thérèse Daigle et Réal Houde ont eu une belle vie et ont eu l’occasion de voyager avant de se tourner vers l’aide médicale à mourir.

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Un couple de Lanaudière follement amoureux depuis près d’une trentaine d’années mais devenu gravement malade est parti main dans la main, grâce à l’aide médicale à mourir, lors de la fête des Mères.  

« Oui, on était triste de perdre un parent, on avait de la peine. Mais en même temps, on tient à eux et on ne veut pas qu’ils souffrent. Ils ne souffrent plus maintenant, ça s’est fait tout en douceur », raconte Serge Gendreau, fils de la défunte.   

Au début juin, ça aurait fait 30 ans que Thérèse Daigle et Réal Houde étaient ensemble. Mais la vie en a décidé autrement.   

Depuis deux ans, la femme de 74 ans souffrait d’une fibrose pulmonaire sévère en raison d’une bactérie. Son conjoint de 80 ans était atteint de sclérose latérale amyotrophique. Il y a plus de quatre ans, la maladie lui avait notamment volé sa voix, il souffrait et il ne pouvait s’exprimer que par signes ou par écrit.   

« Ils recevaient beaucoup d’aide à la maison, soit du CLSC, soit par les enfants de Mme Daigle, et aussi de ma sœur. Mais la qualité de vie s’amenuisait au fil du temps », raconte Ghislain Houde.   

Ça faisait plusieurs mois que les deux aînés songeaient à se tourner vers l’aide médicale à mourir, en raison de leur condition respective qui ne faisait que se dégrader.   

« Ça n’a pas été fait sur un coup de tête. Ils ne voulaient pas arriver à un point où ils n’étaient plus capables de prendre la décision », souligne Ghislain Houde.  

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Photo courtoisie

Gros choc  

Si Mme Daigle en parlait ouvertement depuis un bon moment, ç’a tout de même été un « gros choc » à absorber pour la famille de M. Houde. L’octogénaire lui a appris sa dernière volonté deux jours avant la date de la procédure, dans une lettre lue par une travailleuse sociale.   

« Il a attendu que les papiers soient signés. Mais c’est ça que les deux voulaient, on l’a accepté », explique son fils.    

Pas un regret n’est venu troubler la décision des amoureux, eux qui assuraient avoir vécu « une belle vie ».   

« Ils étaient très actifs avant, ils ont voyagé en masse. Ils sont allés dans le sud, en Europe. Ils allaient à la pêche aussi, à la Baie-James. C’étaient de bons vivants », se rappelle Serge Gendreau.  

En raison des circonstances exceptionnelles, les deux familles se sont permis une entorse aux règles de santé publique imposées en raison de la COVID-19. Ils ont organisé un souper d’adieu et étaient présents dans les derniers moments.   

« On a tout de même fait attention, mais on voulait être là pour la fin. Malgré tout, l’ambiance était dans la joie. On ne voulait pas voir ça négativement », dit Ghislain Houde.   

Délivrance  

Puis est arrivé le moment que tous redoutaient, mais « nécessaire ».   

« Ils étaient dans leur lit, un à côté de l’autre. Ils se sont tenu la main jusqu’à la fin, ils ne se la sont jamais lâchée. Puis ils sont partis en même temps, relate Serge Gendreau. Ma mère ne voulait pas partir la journée de la fête des Mères. Je lui ai dit que c’était le plus beau cadeau qu’elle pourrait se faire : la délivrance. »  

L’aide autorisée malgré la COVID  

La pandémie n’a pas empêché des Québécois d’avoir recours à l’aide médicale à mourir, même si une pénurie de médicaments a menacé la procédure.   

« Je n’ai eu connaissance d’aucun refus dû aux craintes avec le propofol [un anesthésique]. Ç’a passé très juste qu’il y ait un manque », a indiqué le Dr Michel Bureau, président de la Commission sur les soins de fin de vie.   

Comparativement à la même période l’année dernière, il y a même eu davantage de gens qui se sont tournés vers l’aide médicale à mourir (AMM).   

Entre janvier et avril 2019, on dénombrait en moyenne 110 AMM par mois, contre une moyenne de 164 AMM pour la même période cette année.   

Le Dr Bureau estime toutefois que la hausse observée aurait pu être encore plus importante s’il n’y avait pas eu la crise sanitaire.  

L’effet coronavirus  

« Je présume que s’il n’y avait pas eu de COVID, il y aurait 10 % de plus de cas, explique-t-il. En avril l’an dernier, on parle de 118 cas d’AMM. Cette année, c’est 145. Sans COVID, le chiffre aurait probablement été comme en janvier et février, soit 157 et 168 [cas]. »  

Selon lui, ce 10 % peut être attribuable aux Québécois qui auraient préféré attendre la fin de la pandémie avant de faire une demande.  

« C’est peut-être ceux qui y pensent et qui ne sont pas sûrs [de vouloir faire une demande d’AMM] et qui se disent : “je vais attendre un peu, j’ai de la misère à rejoindre mon médecin” », estime-t-il, ajoutant toutefois que l’AMM est un « service essentiel ».   

Le Dr Bureau aurait d’ailleurs pensé que la crise aurait eu « un frein beaucoup plus grand » sur l’aide médicale à mourir.  

« Ça montre que c’est bien implanté dans la société. »