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Les maux de tête de l’immigration

Quebec
Photo d'archives, Stevens LeBlanc François Legault a confié une autre tâche ardue à son ministre de l’Immigration Simon Jolin-Barrette.

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François Legault s’est assuré plusieurs semaines de maux de tête en réajustant le tir sur la question des demandeurs d’asile travaillant comme « anges gardiens ».

Plusieurs voix se sont élevées pour demander qu’on régularise leur situation.

Résumons en substance l’argumentaire : « Ces gens-là acceptent de faire un travail très difficile et, durant la pandémie, mettent leur vie en danger pour nos vieux. Faisons preuve de compassion en les accueillant ici officiellement ».

La députée indépendante Catherine Fournier a déposé une motion en ce sens la semaine dernière, laquelle n’a pas eu l’appui du gouvernement.

Même refus jeudi dernier de la part de François Legault.

Mais hier, volte-face : il a annoncé que son ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, étudierait les cas « un par un » pour déterminer s’il est possible « de les qualifier comme immigrants ».

Où tracer la ligne ?

Rien n’est simple dans les dossiers d’immigration en général. En particulier pour la CAQ et François Legault.

Dès la campagne électorale, il trébuchait sur cette question. Une fois au pouvoir, la réforme du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) a été annoncée... puis remise sur la planche à dessin (elle y est toujours d’ailleurs).

Paradoxe : la déclaration du premier ministre Legault pourrait avoir le même type d’effet que le fameux tweet de Justin Trudeau, en 2017, qui incitait ceux qui « fuient la persécution, la terreur et la guerre » à venir au Canada.

« Mon téléphone ne dérougit pas », dit à l’autre bout du fil Franz Andre, co-coordinateur du Comité d’action des personnes sans statut au Canada, hier. À ses dires, plusieurs ont cru que tous les demandeurs d’asile travaillant de près ou de loin dans des services dits « essentiels » pourraient désormais être reçus.

Ce ne sera assurément pas le cas. Le Québec a beau être en pénurie d’« anges gardiens », François Legault a tenu à dire qu’il ne fallait pas croire qu’« à l’avenir » le Québec acceptera quiconque s’étant trouvé un emploi. Aussi, il a paru limiter les cas étudiés par son ministre aux demandeurs travaillant dans des CHSLD.

Justement, ouvrira-t-il l’examen des cas à ceux qui relèvent d’agences de placement, lesquelles les envoient dans les « résidences privées pour aînés » ? Et ces autres travaillant comme concierges, à l’entretien ou dans les cuisines, etc. ?

Au fait, on parle de combien de personnes, ici ? « On les évalue au pif », admet quelqu’un près du dossier. La Maison d’Haïti avance le chiffre de 800. D’autres soutiennent que c’est beaucoup moins. Évidemment, on le saura quand Québec précisera quelles catégories de travailleurs sont touchées.

Faudra-t-il créer un programme québécois (PEQ «santé»?) taillé sur mesure pour eux ? Car comme l’explique une source, les demandeurs d’asile travaillant comme préposés ne cadrent dans aucun programme existant. Ni le PEQ, ni le regroupement familial, ni la filière des immigrants économiques.

Tout converge vers la création d’un nouveau PEQ, mais où tracer la ligne du « service essentiel » pour déterminer les gens admissibles ?

De beaux maux de tête en perspective.