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Donald Trump menace les réseaux sociaux

Donald Trump menace les réseaux sociaux
AFP

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Dans un billet diffusé hier matin, je m’intéressais au plus récent gazouillis controversé de Donald Trump. Je me demandais quelle serait la réaction des dirigeants de Twitter.   

Si, jusque-là, on se refusait à intervenir pour effacer ou nuancer les écrits du président, nous apprenions plus tard dans la journée qu’on avait décidé d’accompagner les «tweets» de liens vers des sources fiables. Vous devinez que Donald Trump n’allait pas accepter la situation sans réagir.   

Le président est revenu à la charge en reprenant une vieille accusation qu’il ressort régulièrement: les réseaux sociaux réduisent au silence les voix les plus conservatrices. Il s’agirait donc d’éviter une répétition de cette forme de propagande en obligeant les différentes plateformes à cesser leurs activités ou en les réglementant.   

Je passe outre les limites du pouvoir présidentiel en cette matière pour me concentrer sur la portée des accusations dirigées contre les réseaux sociaux. Le parti pris à l’encontre des éléments les plus conservateurs est-il réel? Seriez-vous étonnés que je réponde non? L’omniprésence du président sur Twitter et le nombre de publications mensongères ou agressives devrait suffire à le prouver.   

En réagissant de la sorte, Donald Trump parle une fois de plus à sa base électorale. Un sondage réalisé plus tôt cette année indique que 65% de ceux qui se définissent comme conservateurs croient être victimes d’un parti pris dans les réseaux sociaux, et ce, même si aucune donnée ne permet de valider une quelconque forme de discrimination. On note également que 66% d’entre eux ne font plus confiance à Facebook.   

Si vous revenez lire mon blogue régulièrement, vous vous souvenez peut-être d’un billet rédigé en février. J’y expliquais comment l’équipe de Donald Trump exploite Facebook pour déployer tout un arsenal de désinformation. Le QG de la campagne présidentielle, installé en Virginie, est surnommé l’Étoile de la mort.   

Si toutes les équipes électorales utilisent les plateformes des réseaux sociaux pour promouvoir un programme ou une candidature, aucune organisation n’investit autant (on parle d’un milliard) que la campagne de Donald Trump. L’équipe chargée de relayer des infos sur Facebook et sur Twitter est la plus nombreuse et probablement la plus qualifiée de toutes.   

Il est donc ridicule de considérer sérieusement la menace du président. S’il a une prise réelle lorsqu’il s’attaque au parti pris progressiste de certains médias, il n’a aucune crédibilité lorsqu’il se retourne contre Facebook ou Twitter. On pourrait même avancer que, sans ces deux géants, le phénomène Trump n’aurait jamais pris une telle ampleur.   

Plus que jamais, tous les regards sont braqués sur les dirigeants des principales plateformes. Comment va-t-on définir ou encadrer la liberté d’expression? Si les réseaux sociaux adoptent déjà une forme ou une autre de réglementation, peut-on considérer que c’est suffisant? L’État, comme le suggère Donald Trump, doit-il s’en mêler?