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Les thèses conspirationnistes anti-Bill Gates résonnent puissamment en Afrique

Les thèses conspirationnistes anti-Bill Gates résonnent puissamment en Afrique
AFP

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Vaccins, profits, contrôle des populations... Foisonnantes sur les réseaux sociaux du monde entier, les théories complotistes présentant Bill Gates en grand orchestrateur du nouveau coronavirus trouvent un puissant écho en Afrique, parfois alimentées par des personnalités publiques. 

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Les accusations visant la Fondation Bill et Melinda Gates, très active dans la recherche sur les maladies et les vaccins sur le continent, ne sont pas nouvelles. 

Mais la pandémie, qui a fait plus de 352 000 morts dans le monde au 27 mai, leur a offert une nouvelle caisse de résonance, comme le montre le cas singulier d’une publication au Kenya.  

Le 15 mars, le gouverneur de Nairobi, Mike Sonko, diffusait une vidéo de Bill Gates accompagnée du commentaire: « Bill Gates nous avait parlé du coronavirus 2015 » (sic).  

On y voyait le fondateur de Microsoft prévenant que le monde n’était pas préparé pour faire face à une épidémie mondiale. Dans cette séquence tirée d’une conférence des TED Talks il y a cinq ans, aucune mention du coronavirus ni de la COVID-19 

Cette publication a pourtant connu une viralité record: avec plus d’un million de partages et plus de 38 millions de vues, elle est devenue la publication concernant Bill Gates le plus prolifique durant la pandémie, selon l’outil d’analyse des réseaux sociaux CrowdTangle. 

« Ce genre de publications dépasse (...) les cercles habituels quand un influenceur, comme une célébrité ou même un média grand public, les amplifie », explique Zarine Kharazian du Laboratoire de recherche numérique (DFRLab) du think tank Atlantic Council, basé à Washington.  

« À ce niveau de diffusion, elle se répand dans différentes langues », explique-t-elle. 

« Cible de choix »

Avec l’apparition du virus en décembre à Wuhan (Chine) et sa propagation à l’ensemble de la planète, les rumeurs conspirationnistes liant Bill Gates à la pandémie ont essaimé. 

Depuis janvier, plus de 683 000 publications sur Facebook ont évoqué le fondateur de Microsoft, générant plus de 53 millions de « likes », partages et commentaires, selon CrowdTangle.  

« Un point commun aux théories du complot qui transcende les frontières, les langues et les cultures est la défiance envers les institutions et les “élites toutes-puissantes” », souligne Zarine Kharazian. 

« La visibilité, le franc-parler et l’engagement de Gates sur les grands sujets de santé internationaux en ont fait une cible de choix », estime-t-elle.  

Ces théories complotistes lui prêtent la volonté de contrôler les populations à travers l’implantation de puces sous-cutanées ou de tatouages numériques, et de tirer d’immenses profits financiers d’un éventuel vaccin, ou affirment que sa fondation a fait breveter un traitement il y a plusieurs années avant de répandre le nouveau coronavirus. 

Pour d’autres, Bill Gates a créé le virus dans le but de réduire la population mondiale, affirmation très populaire sur les réseaux sociaux africains où ont abondé les fausses publications relatives aux vaccins anti-COVID-19 et de tests menés secrètement sur la population. 

Ces rumeurs se nourrissent du souvenir de scandales médicaux qui ont jalonné l’histoire du continent africain, des expériences de stérilisation forcée menées en Namibie au XIXe siècle durant la colonisation allemande jusqu’aux essais de médicaments controversés dans les années 1990. 

« Il y a eu de nombreux cas de recherches médicales menées en Afrique avec des violations aux droits de l’Homme », souligne Sara Cooper, du centre de recherche médical Cochrane, situé en Afrique du Sud. 

Responsabilité des personnalités

Fin mars, une publication affirmait que l’infectiologue Didier Raoult (promoteur d’un traitement à base d’hydroxychloroquine) avait appelé les Africains « à ne pas prendre le vaccin de Bill Gates » contre le coronavirus, car il contiendrait « du poison ».  

Malgré le fait qu’il n’existe aucun vaccin et que ces déclarations, démenties par l’IHU-Marseille dirigé par le Pr Raoult, étaient introuvables, la publication a été partagée plus de 47 000 fois, avant d’être supprimée. 

Ces publications fausses ou trompeuses trouvent parfois, à l’instar du cas de Mike Sonko, de puissants relais parmi les personnalités publiques. 

Au Nigeria, l’ancien ministre de l’aviation Femi Fani-Kayode, très écouté dans la communauté chrétienne du sud du pays, a ainsi partagé à plusieurs reprises des publications affirmant que Gates était membre d’un petit cercle de pouvoir qui veut prendre le contrôle de la planète à travers le coronavirus, la technologie 5G... 

Face au retentissement offert par les réseaux sociaux, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a fait de la lutte contre la désinformation en Afrique « une de (ses) priorités ». 

L’agence onusienne mène des campagnes en ligne, aide les gouvernements à créer des portails d’information et sensibilise aussi les médias, dont l’audience est précieuse. 

Au Nigeria, elle a ainsi organisé un atelier avec une cinquantaine de journalistes. « Les journalistes et les médias sont décisifs pour faire passer les bons messages », explique Dhamari Naidoo, responsables des questions d’urgence pour l’OMS au Nigeria.

Un résumé pertinent de la journée,
chaque soir, grâce aux diverses
sources du Groupe Québecor Média.