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Un ancien expert du développement malmène le CH

Ryan Poehling
Photo Martin Chevalier Ryan Poehling

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Combien de joueurs de leur formation actuelle le Canadien de Montréal peut-il se targuer d'avoir «bien» développés? La notion est très subjective, mais prêtons-nous au jeu. Il y en a quelques-uns qui pourraient être considérés : Carey Price, Brendan Gallagher, Nick Suzuki, Artturi Lehkonen, Victor Mete et Jake Evans. Encore là, les avis diffèrent dans certains cas. 

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On ne peut pas inclure Phillip Danault dans le groupe, sachant qu’il a passé trois ans dans le club-école des Blackhawks de Chicago avant de débarquer à Montréal.

Bien sûr, Marc Bergevin a eu la main heureuse dans certaines transactions impliquant des joueurs que le CH avait développés, ce qui fausse les données. Il n’en demeure pas moins que depuis 2010, six joueurs sélectionnés au premier tour par le CH ont été échangés.

Pendant deux ans, le Québécois Jack Han agissait à titre d’analyste du développement des joueurs avec les Maple Leafs de Toronto avant d’être muté à un poste d’entraîneur adjoint avec les Marlies. À en juger par ses propos, on croirait que la formation de la Ville Reine est à des années-lumière du Tricolore sur ce plan.

«Le développement est un concept assez incompris, constate Han. Pour certaines équipes, ça veut dire repêcher un gars et envoyer quelqu’un de l’organisation trois fois par année souper avec lui et discuter. Nous, on essaie d’identifier les embûches spécifiques à chaque joueur : le coup de patin, le positionnement des mains ou des coudes dans le maniement de la rondelle, le lancer, le sens du jeu. (...) Ça peut être une prise de risque trop élevée ou trop peu élevée. Peu importe, tout le monde a un profil différent.»

Au fond, la stratégie est très logique : il s’agit de repérer les joueurs avec un talent spécial et s’assurer d’éliminer leurs défauts à l’aide de consultants et de spécialistes qui les suivent à la trace.

«Pour nous, le développement consistait à cibler les embûches et systématiquement les enlever, mentionne Han. Donc, un joueur qui n’a pas de talent, ça ne sert à rien de le développer. Ça ne le mènera nulle part. Un joueur avec du talent, mais aussi certaines faiblesses, si tu le développes, il va atteindre son plein potentiel. Si tu ne le développes pas, il finit comme Alex Galchenyuk, Charles Hudon, Jarred Tinordi, Michael McCarron, Nathan Beaulieu, Zachary Fucale...»

Michael McCarron
Photo Martin Chevalier
Michael McCarron

Là où le CH a échoué avec McCarron, les Maple Leafs peuvent dire mission accomplie avec Frédérik Gauthier. Ce dernier se devait d’améliorer considérablement son coup de patin pour atteindre la Ligue nationale (LNH). Il a eu droit à plusieurs suivis avec l’ancienne championne mondiale de patinage artistique Barbara Underhill.

«Au lieu d’être quelqu’un qui joue dans la Ligue américaine, maintenant, c’est un joueur de centre défensif très potable dans la LNH. Ç’a fait toute la différence pour lui», note Han.

L’homme de hockey ne travaille plus pour les Maple Leafs, lui qui planche présentement sur un bouquin dont le premier chapitre sera consacré aux ratés du CH en termes de développement. Des ratés qui le découragent.

«Le Canadien n’est pas capable d’identifier les embûches et ça me frustre beaucoup, avoue-t-il, car j’ai évidemment grandi en regardant cette équipe. Mais aussi parce que ça donne vraiment un mauvais exemple au reste de la province, aux jeunes entraîneurs et aux jeunes hockeyeurs qui ne comprennent pas pourquoi les joueurs qu’ils aiment ne percent pas. À l’interne, il n’y a pas de prise de conscience par rapport à ça.»

Ryan Poehling
Photo Martin Chevalier

Ça regarde mal pour Poehling

Han ne veut pas jouer les prophètes de malheur. Mais dans le cadre de son travail avec les Marlies, il a régulièrement observé Ryan Poehling dans la Ligue américaine. Et il a un mauvais pressentiment par rapport à l’avenir du jeune homme.

«Je considère qu’il va avoir beaucoup de problèmes, s’inquiète Han. Il y a beaucoup de carences dans son jeu avec la rondelle. S’il essaie de faire un jeu à une certaine vitesse, en mouvement, sous pression, il va perdre le disque.»

Le détenteur d’un baccalauréat en marketing à McGill y va d’une analyse poussée pour expliquer ses dires.

«Pourquoi? Parce qu’il a de la misère à dissocier son haut et son bas du corps, observe Han. Ce qui arrive, c’est qu’il patine avec la rondelle et son haut du corps bouge. Ça monte, ça descend. Vu que sa main est connectée à son bras, que le bâton est connecté à ses mains et que la rondelle est connectée au bâton, la rondelle tremble et il la perd.»

«Les bons joueurs offensifs comme Mathew Barzal et Connor McDavid, quand ils patinent à haute vitesse, leur haut du corps est extrêmement stable, donc la rondelle ne sautille pas, elle est "obéissante". C’est juste le fait d’avoir de la stabilité et une certaine finesse. Poehling, c’est comme une locomotive, il n’y a rien de "smooth" là-dedans.»

Un cercle vicieux s’installe : puisque Poehling est maladroit avec la rondelle, il commet des revirements. Ainsi, son entraîneur restreint ses libertés offensives.

«Quand tu fais des revirements, le coach dit : "simplifie ton jeu, projette la rondelle." Si on ne le développe pas et on lui dit juste de la dégager, ça va devenir un "dumpeux" de rondelle. Et un "dumpeux" de rondelle, tu peux en avoir sur ton quatrième trio, mais plus haut que ça, tu n’en trouveras pas. Si on ne le développe pas dès maintenant, il va devenir un joueur de quatrième trio et on va l’échanger contre un Laurent Dauphin», regrette Han.

Ce dernier est toutefois beaucoup plus optimiste à l'égard de Jesperi Kotkaniemi, qui a amassé 13 points, dont 12 mentions d'aide, en 13 matchs avec le Rocket de Laval en fin de saison.

«Très bon joueur, indique Han. Il a tous les atouts pour réussir. Contrairement à Poehling, même en mouvement, il est capable de faire des jeux très précis. Il a vraiment un sens du jeu extraordinaire. C'est un fin passeur, un bon metteur en scène. Ce n'est peut-être pas le gars qui va aller au filet et finir le jeu, mais comme metteur en scène, il est vraiment en avance par rapport aux jeunes de son âge.»