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Des nouvelles de Cuba

Des nouvelles de Cuba
AFP

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Toujours vivant, comme la Révolution cubaine! Plus que jamais, serais-je porté à ajouter. Car la guerre contre le coronavirus COVID-19 est en train d’être gagnée, ici. De moins en moins de nouveaux cas, aucun décès depuis plusieurs jours. Mais on maintient les mesures strictes et obligatoires depuis le début: port du masque facial protecteur (ici appelé nasobuco) dans l’espace public, espacement social, interdiction de rassemblement (festif, culturel, politique ou sportif), aucun transport public sauf pour certains groupes de travailleurs essentiels, comme ceux de la santé, entre autres, les frontières aériennes et maritimes demeurent toujours fermées aux visiteurs, etc.

Tous les jours, à 9h du matin, le bon docteur Francisco Duran, directeur du centre national d’épidémiologie, nous donne les dernières nouvelles sur la guerre en cours, un peu comme le fait, j’imagine (parce que je n’ai jamais pu l’écouter), le docteur Horacio Arruda chez nous au Québec. Dans la journée de mercredi, seulement neuf nouveaux cas. Ça sent la coupe, pourrait-on dire.

Les rumeurs vont bon train quant à la possibilité de rouvrir le pays au tourisme, une des principales sources de devises dont le pays a tant besoin. Car l’empire, en dépit de ses plus de 100 000 morts dus au nouveau coronavirus et ses quelque 1 700 000 cas confirmés, veille au grain. Entre deux parties de golf, ce grossier personnage, un condensé de ce que l’humanité a produit de pire jusqu’à maintenant, applique contre l’île socialiste qui a osé lui tenir tête le supplice du garrot vil, étranglant toujours un peu plus son économie, privant sa population déjà fortement éprouvée par 50 ans de blocus inhumain des médicaments nécessaires pour sauver des vies.

On raconte que les autorités cubaines en profitent actuellement pour améliorer les installations aéroportuaires à travers le pays et qu’on a procédé à leur désinfection. Un protocole sanitaire est en train d’être mis au point pour accueillir en toute sécurité les futurs touristes et assurer en même temps la sécurité des employés de ce secteur. Je n’en sais guère plus. Mais on peut imaginer que les visiteurs devront se soumettre à certains contrôles hygiéniques préalablement et qu’ils ne pourront pas sortir de leur territoire hôtelier. Pas de visite de la Vieille Havane pour l’instant. Mais comment faire pour détecter les personnes asymptomatiques? Je laisse aux autorités compétentes le soin de régler ces questions et je leur fais entièrement confiance. 

Entre-temps, je fais comme tous les Havanais, je vais de files d’attente en files d’attente à la recherche de la découverte qui fera mon bonheur du jour. Ici du fromage et du lait, là du détergent pour la lessive, de l’huile à cuisson, des boissons gazeuses et de l’eau en bouteille, là, un peu plus loin, du poulet. Certaines épiceries offrent de la bière à bon prix, de la crème glacée et même des chips (croustilles) sur lesquelles je me suis précipité. On questionne ceux qu’on croise dans la rue sur la provenance des produits qu’ils ont dénichés et on s’y précipite aussitôt, dans l’espoir que la «cola» ne sera pas trop longue et qu’il ne sera pas trop tard. Sans parler de la boulangerie pour le pain du jour et les petites douceurs sucrées. Ni des marchés publics pour les fruits et légumes frais. 

C’est ainsi que je marche plusieurs kilomètres par jour, ce qui n’est pas mauvais en soi, et que je découvre une ville inconnue des touristes et qui fait mon bonheur, malgré ma solitude et l’absence de mes enfants. Ici et là, des chansons romantiques aux paroles sirupeuses que j’affectionne tant sortent des fenêtres, signe que la joie de vivre retrouve peu à peu sa place. 

Et vous dire que tous les soirs, je me répète ce passage d’un poème de Paul Verlaine, Mon rêve familier, appris alors que j’étais au collège et qui ne me disait rien à l’époque: «Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant/D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime/Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même/Ni tout à fait une autre, et qui m’aime et me comprend...» C’est sans doute la faute au climat tropical de Cuba.