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Donald Trump, troll en chef

Donald Trump, troll en chef
AFP

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La semaine qui s’achève a été marquée par une suite d’événements dramatiques. La récente tragédie au Minnesota et les émeutes qui se sont poursuivies à Minneapolis et dans plusieurs villes américaines cette nuit ne font qu’ajouter aux inquiétudes liées à l’épidémie de COVID-19 et aux retombées économiques désastreuses.

Quand on commente à chaud, il est bien difficile de résister à la tentation d’être particulièrement pessimiste. La puissance américaine est en déclin, plus isolée que jamais sur la scène internationale et déchirée par une multitude de conflits internes. 

Alors que nos voisins du Sud ont besoin d’un meneur rassembleur et positif, ils doivent s’en remettre aux meneurs locaux, puisqu’à la Maison-Blanche trône le troll en chef. Plutôt que de s’adresser à toute la nation en cette période troublée, le président américain ne pense qu’à ses partisans en se comportant comme les pires d’entre eux.

L’Office québécois de la langue française offre cette définition du troll d’internet: «Personne qui publie sans relâche des messages volontairement provocants sur internet dans le but de soulever des polémiques et de rompre l'équilibre d'une communauté donnée.»

Vous connaissez une meilleure description de l’utilisation de Twitter et de Facebook par Donald Trump? Depuis son entrée dans la campagne électorale de 2015, il a relayé nombre de fois les pires théories conspirationnistes. Très populaire sur des plateformes peu recommandables, il a donné une voix et un pouvoir énorme à ceux qui œuvraient jusque-là dans l’ombre ou la marge. 

Cette semaine, le président s’est «surpassé» et a forcé la main des dirigeants de Twitter. Non seulement a-t-il véhiculé des âneries sur le vote par correspondance et accusé de meurtre un animateur télé qu’il n’apprécie guère, mais, la nuit dernière, il a carrément appelé à la violence.

Donald Trump, troll en chef
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Champion de la diversion, Donald Trump sait comment soulever des controverses pour détourner les projecteurs des véritables problèmes. S’il ne s’agissait que de jouer avec les médias, ce serait déjà un moindre mal. Là où le vase déborde, c’est lorsqu’il se comporte en incendiaire.

Je vous évite ici une longue énumération de tous les propos irresponsables qui ne visent que la division et encouragent la haine, pour me concentrer sur son plus récent. En réaction aux émeutes, le président s’est exprimé ainsi: «...when the looting starts, the shooting starts». On pourrait traduire par: lorsque le pillage commence, on ouvre le feu. Twitter est intervenu dans la demi-heure qui a suivi. La formule utilisée rappelle d’ailleurs celle du maire de Miami en 1967. Cette déclaration avait entraîné des émeutes raciales.

Personne ne va nier que les émeutes d’hier ne sauraient être tolérées. On ne met pas une ville à feu et à sac. Le maire de la ville et le gouverneur, tous deux démocrates, gèrent une situation particulièrement volatile sur fond de confrontation raciale. Le président est généralement celui qui, tout en offrant le soutien des forces fédérales, appelle au calme.

On ne s’attend plus depuis longtemps à une réponse mesurée de la part de Donald Trump. Pour condamnables qu’elles soient, les émeutes s’expliquent une fois de plus par l’écœurement de la communauté noire. Les statistiques ne manquent pas pour appuyer leur indignation.

Vous avez étudié récemment les statistiques concernant les minorités, particulièrement la minorité noire? Une situation complexe, mais marquée du sceau de la discrimination. Les policiers sont trop souvent placés dans une position où on leur demande de régler une problématique qui relève de l’économie, de la politique ou des programmes sociaux. 

Confrontés à l’inaction ou à l’insuffisance de beaucoup de décideurs, ce sont les policiers qu’on retrouve dans les bulletins de nouvelles. Ils sont trop souvent piégés et, il faut le reconnaître, certains d’entre eux dérapent sérieusement, comme ça semble être le cas au Minnesota. 

Cette présidence aura, en de nombreuses occasions, mis à l’épreuve les limites du pouvoir présidentiel, de toutes les manières possibles. Cette semaine, ce sont plutôt les limites de la liberté d’expression qui sont testées. Le président n’est-il qu’un troll parmi d’autres? Peut-il dire ou faire tout ce qu’il veut? 

Les électeurs répondront en novembre prochain, mais il y aura encore de la place pour les débats théoriques et, une fois de plus, les réponses toucheront les successeurs éventuels de Donald Trump. Parce qu’il y en aura.