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La boîte de Pandore

Legault Lebel Arruda
Photo Simon Clark

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Au Québec, la Covid-19 continue de frapper. Pendant qu’on ouvre les campings, on a déjà franchi le cap des 4000 décès. C’est plus des deux tiers des morts au Canada. Des personnes âgées en CHSLD ou résidences privées en forment la quasi-totalité.

On ne sait plus trop comment qualifier une telle hécatombe. Catastrophe. Tragédie. Honte nationale. Échec. La colère, elle, est inextricable.

Des enquêtes, il y en aura. On y trouvera l’inévitable résultante de 20 ans de grave négligence des gouvernements envers les personnes les plus vulnérables — aînés en perte d’autonomie ou adultes handicapés intellectuels/ou physiques.

On sait depuis longtemps que le Québec est une société vieillissante, mais personne – ou si peu – n’a voulu créer des politiques publiques conséquentes.

En cela, la crise de la COVID-19 s’avère une redoutable boîte de Pandore. Plus on y fouille, plus on y trouve tous les maux issus de cette grande négligence. Il aura même fallu faire appel à l’armée canadienne dans des CHSLD.

Désastre annoncé

Au fil des compressions et de « réformes » ultra-centralisatrices, le ministère de la Santé et des Services sociaux est devenu un monstre technocratique déshumanisé où l’omerta s’est installée en plus à demeure.

Ce désastre annoncé, j’en fais l’analyse détaillée depuis des années. Bien d’autres alarmes ont aussi sonné, mais les gouvernements ont refusé d’entendre. Aujourd’hui, plus de 4000 morts le crient à leur tour.

On pointe surtout le manque chronique de personnel dans les CHSLD et résidences comme le principal responsable de la débâcle. Or, la réalité est que ledit manque est lui-même le produit direct de toutes ces années d’abandon politique et financier.

Inquiet avec raison de voir poindre une deuxième vague du virus cet automne, alors que les soldats auraient quitté les CHSLD, le premier ministre François Legault continue de chercher des moyens de recruter des préposés aux bénéficiaires (PAB) – un travail valorisant, mais jamais valorisé.

Offensive

Sa dernière offensive : une vaste campagne de recrutement. Objectif : former et embaucher 10 000 personnes pour les CHSLD à des salaires enfin décents. La mission est peut-être trop tardive, mais au moins, elle existe.

Craignant de perdre leurs PAB au profit du réseau public, les résidences privées, dont certaines sont des empires d’affaires, crient toutefois à la concurrence déloyale. Ici, la boîte de Pandore s’ouvre à nouveau.

On y voit surgir l’ombre du recours croissant de nos gouvernements depuis des années à des entreprises privées dans le « prendre soin » des personnes vulnérables. Un marché lucratif. Le maintien à domicile, lui, est passé à la trappe.

Or, comme le dit Boucar Diouf, l’« âge d’or ne devrait jamais être une question d’argent ». Le problème est qu’il l’est bel et bien devenu.

Face à ses citoyens les plus vulnérables, jeunes ou vieux, l’État québécois s’est peu à peu délesté de son rôle de protecteur. La boîte de Pandore de la crise actuelle n’a pas fini d’en révéler toute l’ampleur. Le gouvernement Legault n’aura pas le choix. Le redressement devra être massif.