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En Amérique latine, le long chemin des compagnies aériennes pour se relever

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La pandémie de coronavirus leur a coupé les ailes: les compagnies aériennes d’Amérique latine demandent une aide urgente des gouvernements de la région pour les aider à une réorganisation dont dépend leur survie.

Les deux plus grandes compagnies aériennes de la région — la chiléno-brésilienne LATAM et la colombienne Avianca — ont demandé récemment à bénéficier aux États-Unis de la loi sur les faillites, signe de la gravité de la crise.

Pour l’Association internationale du transport aérien (IATA), il faudra près de trois ans pour que les compagnies retrouvent le niveau de vols intérieurs et régionaux de 2019, et quatre ans pour les liaisons vers les États-Unis et l’Europe. 

«C’est une course de longue haleine. Ce ne sera pas à court terme, cela va demander beaucoup de travail», prévient le vice-président de l’IATA pour les Amériques, Peter Cerda.

En raison de la pandémie, 93% des 200 000 vols quotidiens ont été suspendus. Une perte estimée à 18 milliards de dollars et qui devrait encore s’accentuer. 

Pour M. Cerda, «des compagnies aériennes ne vont pas pouvoir se redresser, elles devront cesser leurs activités pour toujours», prédit-il. 

Après près de trois mois de fermeture des frontières, la plupart des compagnies n’ont plus de trésorerie et l’aide des gouvernements devient «urgente», estime le professionnel.

Mais un tel soutien fait débat dans une région où la pandémie a aggravé la pauvreté de millions de personnes.  

«Nous ne demandons pas un sauvetage financier, ce que nous demandons, c’est un soutien: des allègements immédiats» comme des réductions de taxes ou des garanties de crédits, «qui permettent à cette industrie de tenir», selon M. Cerda. 

Sur les 123 milliards de dollars d’aides gouvernementales débloquées dans le monde, l’Amérique latine ne représente que 300 millions, selon l’IATA. 

Pourtant, tout le monde est pour l’heure perdant face à cette situation: «Les aéroports, les compagnies aériennes, les gouvernements» qui doivent penser en matière de connectivité de la région, estime Fernando Gomez Suarez, analyste indépendant mexicain.

Tarifs spéciaux

Dans le cas de LATAM, le gouvernement chilien a dit étudier la possibilité d’un renflouement, alors que la compagnie, avec 10 000 emplois directs et 200 000 emplois indirects, est considérée comme «stratégique». Santiago a d’ailleurs entamé des pourparlers avec le gouvernement du Brésil, ainsi qu'avec ceux du Pérou et de la Colombie, où la compagnie a des filiales. 

Au Brésil, le plus grand marché intérieur de la région avec 90 millions de passagers par an, des banques privées chapeautées par une banque de développement ont accordé un prêt de 1,1 milliard de dollars pour les trois plus grandes compagnies: Gol, Azul et LATAM. 

Pour accéder au prêt, Gol et Azul ont accepté de réduire les salaires de leurs cadres. Les trois compagnies ont également prévu des tarifs spéciaux et des promotions exceptionnelles pour accompagner la reprise.

Au Mexique, plus importante destination pour les touristes étrangers de la région, des discussions sont en cours avec le gouvernement pour que les compagnies bénéficient d’allègements de charges. 

Aeromexico, la plus grande compagnie du pays, dont la note a été abaissée par l’agence S&P en raison d’une éventuelle «insoutenabilité de sa dette», devrait relancer certaines liaisons dès le 1er juin. 

En Argentine, où le gouvernement a décrété une suspension des vols jusqu’à septembre, l’entreprise publique Aerolineas Argentinas a annoncé début mai une fusion avec sa filiale Austral, afin d’économiser jusqu’à 100 millions de dollars.

Dans tous les cas, le personnel se retrouve en première ligne. Ceux qui n’ont pas été licenciés ont subi des réductions de salaire pour conserver leur emploi.

«Imaginez que vous perdiez la moitié ou plus de votre salaire et que les factures continuent de tomber», déplore José de Jesus Suarez, porte-parole du syndicat mexicain des pilotes (ASPA), qui est passé de six jours de vol par semaine à seulement un ou deux par mois. 

Pour l’analyste Gomez Suarez, les marchés laissés vacants par la disparition de certaines compagnies aériennes pourraient rapidement être absorbés par d’autres.

Mais le défi le plus urgent va consister à harmoniser les nouveaux protocoles sanitaires entre pays, ce qui entraînera également des coûts plus élevés pour les passagers, dans une région où les compagnies low cost ont jusque-là eu du mal à s’imposer.