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L’avenir sinistre du télétravail étroitement surveillé

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Le télétravail perd beaucoup de son charme si le patron te surveille à distance et voit toutes tes activités en ligne, si tu as l’air en forme ce matin, si tu souris et s'il sait combien de temps tu prends pour aller faire pipi. Voilà l’avenir vers lequel nous nous dirigeons, hélas! La technologie qui rend possible l’ouvrage à distance permet l’espionnage productif des travailleurs à un degré inédit.  

Naguère, c’est-à-dire il y a deux mois et demi, travailler de chez soi présentait l’avantage d’éviter les affres de la «réunionnite», la maladie des réunions inutiles qui s’éternisent, endémique chez certaines organisations. Grâce aux vidéoconférences de groupe Zoom (qui nous a séduits d’abord en permettant de trinquer à distance avec ses amis), le fléau des réunions stériles vient de s’introduire dans les maisons.

  • Écoutez l'entrevue de Louis-Philippe Messier avec Richard Martineau à QUB Radio:

Le diable a cogné à la porte. Toc, toc. On l’a invité à entrer. Avait-on le choix?

Espionnage productif

Zoom s’avère un démon mineur. Si vous voulez une vraie bête terrifiante, capable de dévorer votre «vie privée» plus efficacement que n’importe quel bureau physique avec présence réelle de l’autorité, regardez plutôt du côté des outils comme Hubstaff, un programme de surveillance électronique du personnel. Ceux-ci ont pour vocation d’observer vos faits et gestes pendant votre quart de travail.

Leurs algorithmes déterminent si vous semblez performant ou non. Tapez-vous plusieurs mots ou demeurez-vous inactifs? Trop immobile trop longtemps? Un message vous avertit de ne pas oublier de vous botter le derrière ou de fermer une fenêtre de réseau social. Quelles pages consultez-vous? Quels programmes utilisez-vous? Votre patron reçoit un rapport à ce sujet. Votre téléphone est aussi mis à profit; vos déplacements sont suivis. Voilà l’avenir du télétravail pour plusieurs.

Plusieurs regretteront bientôt la liberté du bureau où l’on pouvait jaser près de la machine à café.

«Contrôlisme»

Il y a deux ans, j’avais cessé de fréquenter un café de mon quartier parce que le propriétaire y espionnait les baristas qui, se sachant sous écoute, se chuchotaient parfois des choses à l’oreille à l’insu des micros... Ce genre de «contrôlisme» électronique, ai-je bien peur, se banalisera.

C’est trop humain: une fois que vous avez pris l’habitude de tout voir et de tout savoir de vos employés pendant le travail, ça devient un besoin, puis, si la pratique se généralise, une norme. Pas de retour en arrière.