/24m/outings
Navigation

L’industrie musicale québécoise se mobilise pour le Blackout Tuesday

Coup d'oeil sur cet article

MONTRÉAL | Le mouvement Blackout Tuesday, initié par deux cadres chez Atlantic, la maison de disques de Ray Charles et d'Aretha Franklin, a fait des vagues jusqu’au Québec mardi. 

Les réseaux sociaux ont été tapissés de carrés noirs en soutien à la communauté noire. La filiale de Warner Music, qui abrite entre autres les groupes montréalais Chromeo et Simple Plan, a demandé aux industries musicales de prendre une pause du travail, afin d’entamer une réflexion sur le racisme et les inégalités. Les publications de carrés noirs étaient accompagnées du mot-clé #TheShowMustBePaused.

Témoin de racisme

L’Équipe Spectra, qui organise notamment les Francos de Montréal et le Festival international de jazz de Montréal, figure à la longue liste d’institutions musicales locales qui ont publié un carré noir sur Instagram en soutien au Blackout Tuesday.

JOEL LEMAY/AGENCE QMI

Laurent Saulnier, vice-président programmation et production de l’Équipe Spectra, a souvent été témoin de racisme systémique et d’inégalités à l’égard des musiciens noirs.

«Ça va plus loin que ça. Tu peux demander à n’importe quels chanteur, chanteuse, musicien ou musicienne blacks de Montréal ou de n’importe où ailleurs si, à un moment donné, ils n’ont pas eu juste l’impression d’être le Noir de service. Juste de dire ça, ça me fait quasiment mal», a-t-il dit en évoquant son malaise.

«C’est plus important de laisser parler tous les Dramatik, Sarahmée, Sans Pression et autres de ce monde que de donner la parole à un homme blanc hétérosexuel de 50 ans, encore une fois», a poursuivi M. Saulnier.

Pour MUTEK également, un organisme dédié à la diffusion et au développement de la scène musicale électronique et instigateur du festival montréalais portant le même nom, il était important de prendre part au mouvement Blackout Tuesday.

PHOTO COURTOISIE/Festival Mutek

«Pour nous, c’était l’occasion d’éviter de faire de la promotion pour nos festivals par exemple, ou de relayer de la musique, mais de plutôt prendre le temps de communiquer avec notre communauté, et même au sein de l’équipe et du réseau, de prendre le temps de réfléchir à notre position par rapport à ce sujet, et de savoir comment s’informer et comment agir aussi», a expliqué Thomas Giboudeaux, le directeur communications et marketing de MUTEK.

«La musique électronique, elle est issue des communautés noires et racisées, a-t-il dit. Donc c’est certain qu’il y a tout un langage, des valeurs qui y sont attachées que l’on partage. Donc, déjà, ça fait partie de notre ADN. C’est grâce aux communautés noires que l’on écoute cette musique-là aussi. On doit le reconnaître.»

La plateforme d’écoute en continu conçue au Québec QUB musique a choisi de soutenir le mouvement du Blackout Tuesday, afin de souligner la mort injuste de George Floyd.

«Prendre part à #TheShowMustBePaused avec l’industrie musicale locale et internationale, c’est un geste bien simple et humble, une occasion de s’arrêter pour engager une réflexion sur la situation actuelle, tout en affichant notre respect à la communauté noire, à son histoire et à son énorme influence sur la culture d’aujourd’hui», a indiqué le directeur de QUB musique, Nicolas Pelletier.

Les principales maisons de disques du Québec, telles qu’Audiogram, Grosse Boîte et Disques 7ième Ciel, ont aussi publié des messages sur les réseaux sociaux en soutien à l’initiative américaine.

Le système remis en question

Selon Wid Goodson, directeur artistique pour la SOCAN, les musiciens afro-québécois ne bénéficient tout simplement pas des mêmes opportunités que leurs collègues blancs lorsque vient le temps de se tailler une place dans l’industrie du disque.

«Est-ce que les labels devraient signer plus de rappeurs noirs? Je pense qu’entre trois signatures, il devrait au moins y avoir des candidats», a-t-il dit.

Il remarque également que certains spectacles, comme celui de 5sang14 au MTelus à la dernière édition des Francos, ont donné lieu à du profilage racial de la part des forces de l’ordre.

«Il y avait 12 voitures de police devant le concert par peur de débordement. Finalement, le seul débordement qu’il y a eu, dont j’ai été témoin du moins, c’est une femme qui a essayé de rentrer avec son bébé de deux mois», a-t-il raconté.

«Les artistes ne demandent qu’à pouvoir vivre de leur musique, de sortir de certains milieux difficiles, de pouvoir passer à la radio, de gagner leur vie avec la musique et pouvoir faire des concerts devant leurs fans. Quand on leur met 12 voitures de police devant leur concert, ça veut tout dire en fait.»

De son côté, le rappeur Webster se questionne sur la place de ses collègues noirs à la radio commerciale au Québec. «Moi, la question que je me pose, c’est s’il y a une corrélation entre la plus grande acceptation médiatique [du rap] et sa progressive javellisation.»

«Ce qui est remis en question, ce n'est pas le fait que les Blancs rappent. Loud, Koriass et les autres n’ont pas été parachutés là et ils sont bons. Ce n’est pas eux qui doivent être remis en question, c’est le système qui, encore une fois, se sent plus en confiance lorsque certains éléments sont extirpés.»