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Impact : Patrice Bernier a été victime de profilage

L’entraîneur adjoint de l’Impact réagit aux événements qui secouent le monde

Patrice Bernier
Photo d’archives, Chantal Poirier D’une nature calme, Patrice Bernier juge qu’il faut éduquer et conscientiser les gens suite aux événements qui secouent les États-Unis depuis une semaine.

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«Il y a quelques années, j’étais au quartier DIX30 avec ma fille et j’étais au volant de la BMW de ma femme. Je fais un stop et je me stationne. Deux policiers cognent à ma porte et me demandent mes papiers.»

L’entraîneur adjoint de l’Impact, Patrice Bernier raconte sa mésaventure calmement, sans rancœur, mais celle-ci illustre bien le climat dans lequel les personnes racisées doivent vivre.

  • ÉCOUTEZ l'entrevue avec Patrice Bernier, entraîneur-adjoint de l’Impact de Montréal, à QUB radio:

 «Ils me disent qu’ils font une identification. Ils me disent que dans la région, il y avait une situation qui s’était produite. Ils m’ont dit que la voiture était à un autre nom.

«Je ne comprenais pas pourquoi ils avaient enquêté ma plaque. J’avais mon enfant dans l’auto, je n’allais pas conduire une voiture volée. C’était du profilage.»

Pas normal

Bernier, qui est toujours calme et posé au quotidien déplore ce qu’il a vécu. Du racisme ordinaire. Systémique.

«Clairement, il y a du profilage et on étiquette tout le monde. Si tu es un monsieur noir dans une belle voiture, ce n’est pas normal, ce n’est pas à toi. Mais je ne suis pas là pour blâmer la société, tout le monde n’est pas raciste.»

Le Service de police de l’Agglomération de Longueuil (SPAL) a réagi par courriel.

«Le SPAL ne prône pas le genre de pratique. Nous avons une directive sur la prévention du profilage racial et social.» 

Pas une première

Ce n’est pas une première pour Bernier qui a passé la majeure partie de sa vie à Brossard, où il a grandi et habite aujourd’hui.

«Ma petite fille, qui prend l’autobus scolaire, a déjà reçu des commentaires et elle ne comprenait pas. C’était plus jeune que lorsque ça m’est arrivé la première fois.

«Je ne suis pas dans un État où je sors de chez moi et je ne me sens pas en sécurité. Mais il faut éduquer tout le monde à juger par le contenu plutôt que par le visuel, la couleur de la peau ou des signes religieux.»

Bernier, qui a joué au hockey dans la LHJMQ, a aussi joué au soccer en Europe, soit en Allemagne, en Norvège et au Danemark. 

En Europe, il est fréquent d’entendre des cris de singes quand un joueur à la peau noire touche au ballon.

«J’ai été chanceux, parce que quand j’étais jeune au hockey, j’ai eu un entraîneur qui m’a enseigné à orienter ma colère. Je pouvais être plus fort.»

Pas de violence

Bernier n’est évidemment pas insensible à la vague qui déferle aux États-Unis depuis plus d’une semaine, mais comme Thierry Henry l’a fait mardi, il dit souhaiter que ça se règle autrement que par la violence.

«Il faut que ça change, je ne suis pas en faveur de la violence, mais il faut conscientiser les gens. Je ne peux pas dire que je suis content ou rassuré, il ne faut pas que ça soit juste une tendance», dit-il des événements qui secouent l’Amérique.

«Des fois, on ne veut pas en parler pour que ça ne soit pas perçu comme une excuse», reconnaît Bernier qui n’est pas du genre à pousser de hauts cris.

«Il faut conscientiser, éduquer et ça ne veut pas juste dire les personnes de couleurs qui expliquent à leur enfant comment ça va se passer pour eux.

«Il faut bien éduquer pour enlever l’ignorance, parce que je ne pense pas que le racisme sera éradiqué avant longtemps. Si on peut gagner une personne à la fois, ça sera ça.»

Régulier

Ce que l’ancien capitaine de l’Impact déplore, c’est la récurrence des incidents qui sont trop fréquents plutôt que d’être isolés.

«C’est évident que ça se produit régulièrement, pas juste une fois de temps en temps.

«Ce que tu vivais quand tu étais jeune, tu le vois en espérant que les choses vont progresser en vieillissant, et il y a encore des événements, et à l’ère des réseaux sociaux, ça ne passe plus inaperçu.»

Bernier déplore aussi que les gens aient encore la mauvaise habitude de juger le contenant avant de porter attention au contenu.

«Quand tu es une personne de couleur, ça te rappelle que tu es jugé par la couleur de ta peau plutôt que pour le contenu de ta personne.»

La vague d’indignation s’est répandue à travers le monde encore plus vite que la COVID-19.

«Le remède, contrairement à un virus, c’est nous qui l’avons», tranche Bernier.