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Jacques Parizeau aura sa statue

POL-JACQUES-PARIZEAU
Photo d'archives Lisette Lapointe et Jacques Parizeau

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En ces temps moroses, c’est une rarissime belle nouvelle. L’ancien premier ministre du Québec Jacques Parizeau, décédé le 1er juin 2015, sera honoré d’un monument officiel dans les jardins de l’Assemblée nationale.

Avec bonheur, sa veuve, Lisette Lapointe, me l’annonçait hier en entrevue. « Je suis très émue. C’est un projet qui nous tenait à cœur, à toute la famille. Nous sommes tellement heureux. Il va être beau, je vous le dis ! Et ça représentera bien l’homme qu’était Jacques Parizeau. »

L’an prochain, devant la rue Jacques-Parizeau, une statue à son effigie sera donc érigée dans les magnifiques jardins du parlement. Elle ira retrouver entre autres celles de René Lévesque, de Jean Lesage et de Robert Bourassa.

Mme Lapointe me raconte la genèse du projet. Dès les semaines suivant le décès de son mari, plein de gens lui disent qu’il faut l’honorer à la pleine mesure de son immense contribution au Québec.

Avec une persévérance de fer, Mme Lapointe, famille et amis ont mené l’aventure jusqu’à son approbation toute récente par la Commission de la capitale nationale du Québec, le Bureau du président de l’Assemblée nationale (AN) et tous les partis politiques.

Persévérance de fer

Comme pour les statues des autres premiers ministres, c’est la famille qui choisit l’artiste et paie pour sa réalisation. Pour ce faire, la famille Parizeau créée le Fonds Jacques-Parizeau, dont la convention est sur le point d’être signée.

« La famille investira, précise Lisette Lapointe, mais nous lancerons aussi bientôt une collecte de fonds populaire. »

La mission du Fonds sera de « pérenniser la mémoire de Jacques Parizeau », incluant l’installation de sa statue à l’AN et « toute autre initiative pertinente » dans l’avenir, que ce soit en développement social, arts et culture, éducation ou environnement.

Le Fonds comptera trois administrateurs chevronnés : Mme Lapointe ; Robert Parizeau, homme d’affaires émérite et frère de l’ex-premier ministre ; Jean-Martin Aussant, économiste et son héritier spirituel.

L’équipe comprend même un conseiller spécial pour l’œuvre : John R. Porter, le très énergique ex-directeur du Musée national des beaux-arts du Québec. « Il est formidable », me lance Mme Lapointe avec fierté.

Vivant

Car elle insiste : « Un monument. Il faut que de tous les côtés, ça parle. Faut que ce soit vivant. » Vivant aussi pour que la mémoire du long parcours unique de M. Parizeau le demeure.

Premier Canadien français à obtenir son doctorat à la London School of Economics. Économiste de renom. Professeur réputé. Grand artisan de la Caisse de dépôt et placement (CDPQ). Ministre des Finances. Premier ministre.

L’entrevue avec Mme Lapointe s’est terminée sur ces cinq années déjà passées depuis le départ de son âme sœur. De tout ce que votre mari a donné de lui, si les Québécois devaient retenir une seule chose, quelle serait-elle ?

Sa réponse va droit au but : « Sur le plan politique, mon mari a tenu à servir l’État québécois tout au long de sa carrière professionnelle. Tout ce qu’il a fait allait dans ce sens-là. Jusqu’à vouloir lui donner tous les moyens de sa liberté. »

« Sur un plan plus personnel, poursuit-elle avec émotion, je retiens sa grande générosité. Son écoute. Son amour des autres. C’est un homme de famille, Jacques Parizeau. Un compagnon extraordinaire. Quelqu’un qui mettait toujours les autres en valeur. »

Elle me rappelle aussi cette pensée de Winston Churchill que son mari aimait citer : « Le succès n’est pas final. L’échec n’est pas fatal. C’est le courage de continuer qui compte ».

Le courage de continuer, Jacques Parizeau l’aura incarné jusqu’au bout. Son monument viendra rappeler qu’il fut un temps où un homme d’exception savait agir et rêver grand pour les siens. Tous les siens.